Éducation, pain, sexe et jeu : comment la bourgeoisie a-t-elle triomphé ?

Éducation, pain, sexe et jeu : comment la bourgeoisie a-t-elle triomphé ?

Note du Yéti : tenir un blog à plusieurs plumes suppose que puissent survenir quelques désaccords entre ces différentes plumes. C’est le cas entre BA et moi-même pour ce dernier billet. Débat.


Le billet de BA

La grande bourgeoisie a réussi à triompher en utilisant quatre armes.

1. Première arme : la fabrique du crétin

Depuis 44 ans, la grande bourgeoisie a parqué les enfants des classes populaires et les enfants des classes moyennes dans des écoles publiques, dans des collèges publics, dans des lycées publics : ces établissements n’enseignent plus les bases. Ces établissements n’apprennent plus à lire, à écrire, à compter.

Surtout, ces établissements n’apprennent plus l’esprit critique, le sens critique.

En 2005, un enseignant en classes préparatoires aux grandes écoles, Jean-Paul Brighelli, publie un livre qui explique parfaitement ce processus : “La fabrique du crétin” (éditions Folio documents)

2. Deuxième arme : le pain

Depuis 44 ans, la grande bourgeoisie a toujours veillé à donner à manger aux misérables.

Depuis 44 ans, la grande bourgeoisie a toujours veillé à subventionner les associations caritatives.

À partir de 1985, tous les gouvernements subventionnent l’association “Les Restos du Cœur”. En décembre 1988, la grande bourgeoisie crée le Revenu Minimum d’Insertion. En mai 2007, elle crée le Revenu de Solidarité Active.

Grâce à toutes ces distributions, les pauvres ont l’estomac plein. Un peuple qui a l’estomac plein ne fait pas la révolution.

3. Troisième arme : les jeux

Depuis 44 ans, la grande bourgeoisie a toujours veillé à distribuer des jeux aux misérables.

Les jeux sont les spectacles, les émissions de télévision, les jeux télévisés, les rencontres sportives (coupe du monde de football, Jeux Olympiques), les écrans (ordinateurs, tablettes, smartphones), etc.

Pendant que les pauvres regardent des spectacles, pendant que les pauvres regardent le football, pendant que les pauvres regardent leurs écrans, ils ne font pas la révolution.

4. Quatrième arme : le sexe

Depuis 44 ans, la grande bourgeoisie a toujours veillé à diffuser des scènes sexuelles et des images érotiques dans les publicités, dans les émissions de télévision, dans les films au cinéma, dans la presse papier, etc.

L’objectif est d’inciter les classes populaires et les classes moyennes à draguer, à multiplier les rencontres, à multiplier les expériences sexuelles.

Pendant que le peuple drague, pendant que le peuple fait l’amour, il ne fait pas la révolution.


Le point de vue du Yéti

Je m’inscris en faux sur les quatre points soulevés par BA pour expliquer le triomphe de la bourgeoisie.

1. L’éducation, conséquence d’un déclin plutôt que cause

Si le système éducatif français est dans un si piètre état, ce n’est évidemment pas par volonté de la bourgeoisie d’abrutir les masses. Penser ceci est accordé à la classe bourgeoise un crédit qu’elle ne mérite vraiment pas. Il suffit de fréquenter les écoles des bourgeois (comme je l’ai fait trente années durant pour raisons professionnelles) pour constater combien les enfants de bourgeois sortent tout aussi abrutis de leurs études.

La déliquescence du système éducatif français n’est que la conséquence – non la cause – d’un  déclin civilisationnel français plus général qui frappe tout autant les classes bourgeoises que les classes populaires. Ce déclin n’est d’ailleurs pas propre qu’à la France, mais à toutes les vieilles nations occidentales. Le dernier classement PISA montre comment ces veilles nations (France, Grande-Bretagne, Allemagne, États-Unis…) sont désormais dépassées par les pays dits émergents, principalement en Asie.

2. Le pain est un droit (de l’homme), pas une aumône

Garantir les besoins de base (dont le pain) d’une population n’est pas une manœuvre bourgeoise, mais un devoir de l’État. Le pain est un droit de l’Homme (article 25), pas une aumône bourgeoise. Tout juste pourrait-on accuser la bourgeoisie de limiter la quantité de ce pain (par des minima sociaux largement insuffisants).

Sur ce sujet, la critique du revenu de base comme “mesure bourgeoise” visant à être récupérée aussitôt par les “marchés” me paraît une aberration totale. Ce qui est vrai, par contre, c’est qu’aucune mesure sociale n’est possible – même pas une augmentation de salaire – si l’on ne contrôle pas préalablement les “marchés”.

3. Le jeu est un besoin humain naturel (également partagé par toutes les classes d’âge ou sociales)

Le besoin de jouer est également partagé par les bébés, les enfants, les gens du peuple et les bourgeois (la spéculation, par exemple). Qu’une classe (bourgeoise) utilise ce besoin pour en contrôler une autre (populaire) est une évidence. Mais on ne peut condamner un besoin naturel au prétexte de l’utilisation abusive que peuvent en faire certains.

4. Le sexe est subversif

Au même titre que le jeu, le sexe est un besoin naturel (somme toute plutôt jouissif pour qui sait y jouer). Si les bourgeois utilisaient le sexe pour asservir les populations, on se demande alors pourquoi ils ont tant déployé d’efforts dans leurs religions bourgeoises pour en culpabiliser les pratiques. Pourl’heure, les bourgeois ont surtout castré tout ce qui était sexuel ou en le confinant dans les limites étriquées de la pornographie marchande.

La vérité est que le sexe n’est asservissant que pour les esprits un peu… disons, coincés. La grand libération sexuelle des années 70 montra au contraire combien celui-ci pouvait au contraire être subversif.

En conclusion, si la classe bourgeoise a bien assis sa supériorité sur les classes populaires, ce n’est pas en leur jetant en pâture les fameux “panem et circenses” (du pain et des jeux), mais au contraire en les en privant, en pervertissant des besoins et des droits humains parfaitement naturels.

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Mes priorités : sortir de l’Union européenne, sortir de l’euro, sortir de l’Otan.