Crise migratoire : « Il faut revenir au nomadisme, il n’y a pas de doute » (Pierre-Henri Gouyon)

Crise migratoire : « Il faut revenir au nomadisme, il n’y a pas de doute » (Pierre-Henri Gouyon)

Je continue le feuilleton de l’été : le réchauffement climatique va avoir des conséquences dramatiques (suite)…

De plus en plus de pays vont devenir inhabitables.

À cause du réchauffement climatique, le XXIe siècle sera le siècle des “très grandes migrations”.

Pierre-Henri Gouyon est un biologiste français, professeur au Muséum National d’Histoire Naturelle, à l’Agro Paris-Tech, et à Sciences Po. Le 22 novembre 2013, il s’exprimait sur France culture dans l’émission « Science publique » :

Pierre-Henri Gouyon :  Effectivement, la stupeur, c’est normal qu’on l’éprouve et je pense qu’on en a pour un moment parce que Jacques Treiner vient encore de parler du fait de réduire nos émissions de CO2. Cela serait bien effectivement de les réduire, mais il est clair qu’on ne les réduira pas à temps. Personne n’a plus cet espoir sincèrement. Donc, on va vers la catastrophe climatique, on va vers la catastrophe écologique globale, on va vers la catastrophe de la biodiversité, et ça je ne sais pas jusqu’où elle ira elle non plus.

Quand on regarde les grandes crises de la biodiversité par le passé, on constate que les grandes extinctions se font par palier ; tout se passe comme s’il y avait un édifice très complexe qui tournait avec une certaine dynamique sur l’ensemble de la planète : une fois qu’on a suffisamment détérioré ce mécanisme, on entre dans une dynamique d’écrasement progressif de l’ensemble, et une fois qu’on a lancé le mouvement, on ne peut plus l’arrêter.

Donc, je ne crois pas qu’on arrêtera le CO2 à temps, je ne crois pas qu’on arrêtera de tuer la biodiversité à temps.
Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire effectivement qu’on reste sur une autre planète.

“On ne pourra pas laisser les populations où elles sont”

Qu’est-ce que cela veut dire être sur une autre planète ? Cela ne veut pas seulement dire réduire nos émissions de CO2, arrêter de foutre en l’air la forêt en Asie du Sud-Est, etc. Cela veut dire, entre autres, organiser la façon dont les migrations humaines doivent se produire.

Ce que vient de dire Évelyne Heyer, qu’il y avait des choses qui pouvaient s’appeler des civilisations avant le néolithique : c’était des peuples nomades et c’était la seule façon dont ils s’en sortaient. Nous, nous sommes totalement sédentarisés – et d’ailleurs, nous ne supportons plus les nomades, il n’y a qu’à voir ce qui se passe avec certaines populations nomades qui vivent encore en Europe !

Il faut revenir au nomadisme, il n’y a pas de doute. On ne pourra pas laisser les populations où elles sont : il y a toute une série de pays qui seront sous la flotte, il y en a d’autres qui ne seront plus habitables, il va falloir prévoir des migrations humaines de grande ampleur. Et, typiquement devant ce genre de chose, on se dit : “Oh, comment on va faire ça ? On n’est tellement pas prêts.” Donc, je pense que le temps de stupeur est nécessaire, et après il faut mesurer l’ampleur de ce que l’on a à faire.

[…]

“Vous voulez dire que ce qui menace, c’est la guerre ?”

Jacques Treiner : Petite remarque, d’abord sur ce disait Pierre-Henri Gouyon sur les déplacements des populations, cela met le bon éclairage sur le fait que le GIEC a reçu le prix Nobel de la paix et pas d’autre chose, pas de sciences, le prix Nobel de la paix parce que c’est cela qui menace si vraiment on ne fait rien là-dessus.

Michel Alberganti : Vous voulez dire que ce qui menace, c’est la guerre ?

Jacques Treiner : Oui, c’est ça, oui, exactement, ne serait-ce que par le déplacement de populations, les espaces déjà occupés, etc., etc. Il est difficile de transformer une grosse partie de la population de la terre en migrants qui vont de coin en coin là où c’est habitable.

=> Source : France culture (texte complet retranscrit par le site Les Crises).

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<p>Mes priorités : sortir de l’Union européenne, sortir de l’euro, sortir de l’Otan.</p>