Crépuscule, par Juan Branco – 2. Ce qui va être démontré ici…

Crépuscule, par Juan Branco – 2. Ce qui va être démontré ici…

Nous avons raconté sur Twitter et ailleurs les mécanismes amenant l’organisation des vingt-heures de TF1, des interviews présidentiels de France 2, la nomination et du recrutement des journalistes selon des affinités diverses, les systèmes de compromis et de redistribution qui se mettent en place à toutes les échelles pour s’assurer que mot ne sera dit des mécanismes qui président à la production de l’information.

Nous avons raconté ailleurs comment Emmanuel Macron a opéré un véritable arrachement démocratique dont le seul débouché pouvait être le raidissement autoritaire du régime – jusqu’à l’excès – ou l’effondrement.

Ce que nous nous apprêtons à révéler ici, c’est la factualité qui a permis la mise en place de ce pouvoir. La façon, dont, par exemple, Édouard Philippe, sorti de nulle part, a accédé au poste de premier ministre, après s’être piteusement perdu entre des missions de lobbying pour une grande entreprise nucléaire et apparatchikismes divers auprès de Les Républicains. Comment et pourquoi Ludovic Chaker et Alexandre Benalla ont été recrutés à l’Élysée afin de mettre en place une garde prétorienne agissant en « police privée » d’Emmanuel Macron, selon le modèle que lui avait fait découvrir Bernard Arnault en le présentant à Bernard Squarcini, ancien directeur de la DGSI, actuellement mis en examen pour avoir mis au service de son nouveau patron, LVMH, ses réseaux et parfois les services secrets de notre pays.

Comment tout cela, malgré les courageuses investigations de certains, n’a jamais été proprement raconté.

Nous allons parler de la raison pour laquelle Édouard Philippe a pris une telle place auprès d’Emmanuel Macron, là où la presse libre et ses centaines de journalistes s’est satisfaite d’en faire le récit que lui dictait la macronie.

Ce que nous allons démontrer ici, c’est que, sur cette affaire comme en des centaines d’autres, un récit démocratique n’a pas été fait. Que sur des événements aussi importants que la nomination d’un chef de gouvernement, la France a été tenue aveuglée. Et que le problème démocratique que cela suscite est ontologique : il menace notre régime, en retirant à ses dirigeants toute légitimité, puisqu’en faisant de leur élection une farce visant à masquer les véritables ressorts les ayant propulsés. Nous allons montrer comment un être, Jean-Pierre Jouyet, que tous les journalistes politiques connaissent, sur lequel aucun n’a enquêté en ses rapports à la Macronie1, comment cet être a fait, avec Henry Hermand – millionnaire chargé de financer la vie privée de Macron2 – et Xavier Niel, le Président Macron.

Ce qui sera ici démontré, c’est ce que le système mis en place par ces êtres a suffi à court-circuiter l’ensemble des garde-fous de notre démocratie, et permis l’établissement d’un pouvoir dont la légitimité est à juste titre contestée, où l’entre-soi et le conflit d’intérêt ont été érigés en normes, et où les hommes de pouvoirs ont été intronisés pour maintenir l’ordre et piller.

Ce qui va être démontré ici, c’est que ceux qui sont qualifiés par les petits soldats de l’ordre établi comme des « violents », tous ces gilets jaunes qui ont été tant raillés, sont ceux qui mieux que les autres ont compris. Parce qu’ils se tiennent loin des jeux d’influence qui pourrissent le petit-Paris. Parce qu’ils ne bénéficient pas directement ou indirectement des prébendes qu’offre l’État à qui en accepte l’asservissement : ils ont vu tout de suite les entourloupes que l’on tentait de leur imposer. Ils ont compris sans avoir à l’entendre, entre autres, que la taxe carbone n’était qu’un habillage pour faire payer à tous ce que quelques-uns, par l’ISF, l’exit , la flat tax et mille autres dispositifs récupéraient.

Cette liaison entre faits, cette discursivité, aucun membre de notre « élite » n’a cherché à la mettre en œuvre pendant cette période dans l’espace public. Ce sont eux, eux qui étaient censés être « illettrés », qui l’ont exposée.

Ce que ce texte entend démontrer, c’est que ce sont ceux qui réclament le départ du Président, et non ceux qui le défendent au nom des institutions, qui se sont mus en les défenseurs de notre République et la démocratie.

*

Il y a eu en France à partir du 24 novembre 2018 un soulèvement violent. Cette violence, contrairement à celle que nous infligent au quotidien ceux qui se compromettent avec le système, a été tout sauf gratuite. Ciblée, pensée, exaspérée par des politiques qui accroissaient des inégalités déjà insupportables et détruisaient la société, elle s’est attaquée aux biens et aux fonctions. Libératrice, elle a été source de joie et de lien. Contenue, elle a été pensée.

En une société où ce sont toujours les mêmes qui souffrent de l’incertitude, de la crainte de la perte de leur position et de la précarité, elle a inversé les rôles. Voilà que les bourgeois et les installés, voilà que les pilleurs et les profiteurs, se mettaient à trembler. Voilà que ceux qui s’étaient allègrement, joyeusement, sans ne jamais craindre de contrecoup, compromis, se trouvaient exposés.

Voilà pourquoi un être comme M. Couturier, se montre si véhément pour attaquer une révolution dont il sent qu’il en est le premier objet. Voilà pourquoi Le Monde tremble tant à l’idée de l’appuyer.

Ce texte explique et légitime leur colère. Il montre que les politiques ont leur source, et leurs sentiments une réalité. Ce texte donne assise et raison à leur colère. Il permet de démontrer – le mot est fort, il est justifié – qu’ils ont eu raison. Par les faits, loin de toute idéologie, il montre pourquoi cette colère était saine et nécessaire. Pourquoi il faut les faire céder.

Toute violence est défaillance de communication. Or ce qu’il s’agit maintenant d’exposer, c’est que cette défaillance a été organisée par quelques-uns pour servir leur intérêt, à l’échelle de la société. Elle s’est appuyée sur mille compromis, manipulations et opérations diverses qui ont débouché sur l’organisation d’une élection illégitime qu’une majorité cherche maintenant à renier.

Cette violence, que tant exigent aujourd’hui de condamner, est de leur responsabilité, et doit leur être retournée.

=> Épisode précédent

Télécharger l’intégralité de l’ouvrage (pdf)

Partager ce billet

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.