Retour sur la Convention des Insoumis et sur l’art de la guérilla sociale

Retour sur la Convention des Insoumis et sur l’art de la guérilla sociale

Racontars et menteries médiatiques : la (fausse) sinistrose des insoumis et le “communautarisme” de ceux qui entendent mener leur guérilla sociale.

À la convention des Insoumis de Clermont-Ferrand tout le monde a la pêche et l’envie de se battre. Les participants suivent avec beaucoup d’attention les séquences d’initiation à la méthode Alinsky. Sur le stand de Fakir les caisses de L’Art de la guérilla sociale d’Alinsky sont épuisées dès le samedi soir. En fin de convention il ne reste sur la table plus grand chose des autres livres édités par Fakir. Le dernier numéro de Fakir, tout juste sorti, se vend par grosses piles et on enregistre un joli paquet d’abonnements.

Discussion avec une galérienne qui ne peut pas mettre les trois euros pour acheter Fakir. On est trop près de la  fin du mois… Elle l’achètera en kiosque, comme chaque fois, quand elle aura reçu son maigre salaire. On parle longuement de cette difficulté à faire comprendre aux mieux dotés ce que c’est que vivre en soupesant et programmant chaque dépense.

Les journalistes rigolos

Des anciens sont heureux de se retrouver. Des jeunes font des selfies avec les copines et copains. Des vieux refont le monde en sirotant un café. Des nouveaux nouent vite des relations. Des gens sont heureux de se retrouver le soir au resto ou à l’hôtel. L’enthousiasme fraie avec la bonne humeur.

À ma table, une coursière à vélo de 19 ans et une jeune mère de famille qui habite une banlieue pourrie par la pauvreté : deux femmes avec une pêche du tonnerre ! Un retraité qui me demande de lui envoyer un topo technique pour un projet de son groupe. Un autre retraité qui milite à plein temps : c’est royal, non ? il touche une pension qui lui permet de se consacrer entièrement à la lutte ! Un ouvrier dans la métallerie qui bataille au canon malgré l’effondrement économique de sa région.

Les journalistes parlent tous – tous que c’en est rigolo – de notre hypothétique recherche d’un « second souffle ». À croire qu’ils n’ont pas quitté Paris ! C’est quand même étonnant qu’ils ne voient pas l’enthousiasme ou qu’ils ne parlent pas du Levothyrox  [un médicament contre la thyroïde dont on a changé en douce la formule et qui procure depuis des effets grandement indésirables à ses utilisateurs, ndlr]. C’est pourtant le sujet de pas mal de conversations pendant les pauses. Faut dire que trois millions de personnes ont des problèmes de thyroïde. Alors il y en a parmi nous. Et ils ouvrent leur grande gueule sans se gêner.

Gavroche a écrit par le menu la misère du Levothyrox qui pourrit la vie. Dans la voiture sur la route de Clermont-Ferrand, Nadine nous conte elle aussi la saga de ses mésaventures avec la nouvelle formule du Levothyrox. Elle finit par dire un jour à son endocrinologue : « Je ne suis pas folle ! »

« Moi, je te crois ! »

Arrêtons-nous sur les mots de Nadine. « Je ne suis pas folle ! » C’est une phrase remarquable qu’on ne devrait jamais sous-estimer. On résume. Tu fais face à des problèmes, ou de très gros problèmes, et la technosphère te répond que tu affabules !

La saga : des anonymes, qui prennent du Levothyrox, remarquent qu’ils subissent tel trouble ou telle grosse merde [treize morts recensés, ndlr] et en font état sur les réseaux sociaux. L’intelligence collective fait un lien avec la nouvelle formule de ce médicament. Une communauté virtuelle de pairs se crée. L’addition des remarques et des compétences crée une expertise de malades, à l’écart des médecins qui “savent” et te disent que tu fais un mauvais rêve. Ou bien que tu es trop chochotte et que si tu avais connu la guerre…

Un tas de gens découvrent ainsi qu’ils ne sont pas seuls. Et se soutiennent moralement entre pairs. Ne serait-ce qu’en disant : « Moi, je te crois ! » Lorsque les femmes espagnoles clament ce slogan, elles aident les femmes violées. Lorsque les homosexuels ont cessé de se cacher, ont constitué des associations et des groupes de pression, ils ont pu aussi faire avancer l’égalité des droits. Lorsque les noirs ont cessé d’avoir peur, se sont regroupés, ils ont aussi arraché le droit de prendre le bus comme des blancs.

L’art de la guérilla sociale menée en “communauté” insoumise

« Moi, je te crois ! » Mettre un nom sur la difficulté. S’entraider. Relever la tête. Ne plus avoir peur. Ne plus avoir honte de ce que l’on est. Oser dire ouvertement ce que l’on vit. Ne plus en venir à se penser fou ou folle. Ainsi naissent les communautés

Parler de communauté ou de communautarisme – comme on parlait autrefois du diable – cela permet de réduire au silence ceux que l’on ne veut pas entendre. Tiens, un conseil. Quand tu entends les mots communauté ou communautarisme, tu fermes tes oreilles. Ça annonce l’arrivée imminente d’une grosse merde qui pue.

Tu la vois, toi, la communauté des consommateurs de Levothyrox ? Avec la sous-chapelle sécularisée – un quart de comprimé dans le caoua du matin – et les extrémistes takfiris – un comprimé entier dans le thé avec des cornes de gazelle – et l’homme de Nadine qui rapporte de Suisse la formule qui ne lui fait pas de mal.

Quand Jean-Michel Blanquer dit « République ! » pour justifier l’action en justice contre un syndicat SUD – qui organise une formation sur le racisme dont deux ateliers sont réservés aux victimes de ce racisme – il est applaudi par l’Assemblée dont  Marine Le Pen.

Quand Latrine la Haine applaudit, c’est le certificat de garantie qu’on a bien affaire à une grosse merde qui pue.

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<p>Un citoyen ordinaire à la rencontre des personnes cabossées par la vie.</p>