Comme un air de Grèce qui flotte sur la France

Comme un air de Grèce qui flotte sur la France

Yannis Youlountas me disait dans sa maison, il y a plus de dix ans, que la Grèce était un laboratoire d’expérimentation pour l’Europe…


En voyageant quotidiennement dans les coins les plus reculés de l’hexagone, au fil des mois, j’assiste non seulement aux difficultés croissantes des plus précaires, particulièrement touchés, mais j’observe aussi l’appauvrissement brutal d’une classe moyenne qui se croyait à l’abri.

Descentes aux enfers

Un ami, pourtant légèrement endetté, vient de perdre brutalement sa maison, un autre dort depuis des semaines dans sa voiture, un troisième s’est construit une petite cabane en palettes au fond du jardin de ses parents âgés et modestes. Une amie quadragénaire m’a raconté ses nouvelles contraintes professionnelles consternantes, une autre a dû arrêter ses études faute de moyens, et une troisième, licenciée six ans avant la retraite, s’est finalement résolue à faire le plus vieux métier du monde pour tenir et rester dans son appart.

Jour après jour, au pays de Fernand Pelloutier et Ambroise Croizat, les conquêtes sociales d’antan fondent comme neige au soleil et les inégalités se creusent comme les tranchées d’une guerre qui ne dit pas son nom. Alors que le pouvoir arrogant promet la lune et le ruissellement de la richesse amassée, les campagnes et les cités se meurent et se murent dans l’angoisse du lendemain.

En France comme en Grèce, le capitalisme se durcit et la pyramide des revenus s’étire et rétrécit plus particulièrement en son centre. Après des décennies de collaboration de classe, la petite bourgeoisie française commence à comprendre qu’elle risque à son tour le déclassement, comme son homologue grecque avant elle.

Mauvaise idée que d’avoir avalé la propagande des plus riches, pseudo « forces vives de la nation », en réalité sangsues tyranniques et obscènes. Ces voraces n’en ont jamais assez et vendraient jusqu’à leur mère pour satisfaire leur folie des grandeurs.

Pendant que le pouvoir économique et politique montre son vrai visage de serial killer, une enseignante à la retraite vient d’être expulsée de son logement dans une cité HLM de Vannes par un huissier et des policiers, résultat de la baisse des APL [aide personnalisée au logement, ndr], des nouvelles ponctions sur les retraites et de la hausse d’à peu près tout.

Bienvenue dans le monde d’après. Celui du capitalisme tout puissant qui va ravager l’Europe comme il l’a fait jusqu’ici avec le reste de la planète.

Nous n’arrivions pas à y croire

Bienvenue dans le monde que vous annonçait Dora, la pharmacienne grecque d’un dispensaire social autogéré qui vous alertait il y a 5 ans :

« Si je devais prévenir un ami français, ou d’un autre pays, de cette menace qui le guette aussi, je lui dirais qu’il y a une étape psychologique durant laquelle on a tendance à fermer les yeux, à ne pas vouloir voir ce qui arrive de terrible. C’est ce que nous avons tous fait ici. C’est ce que j’ai fait, de même que ma famille et mes amis avant de perdre leur emploi. En résumé, nous n’arrivions pas à y croire ! Vraiment, nous n’imaginions pas, il y a trois ans, avoir des élèves qui ont faim, des familles qui vivent dans des caves… »

Au prétexte de la dette qui vient d’atteindre 100% du PIB en France, la grande braderie du bien commun va s’amplifier, ce qui reste de droit du travail va finir à la poubelle, les retraites seront sponsorisées par Whiskas et le droit de grève sera interdit. Sauf si…

=> Source : Yannis Youlountas. Intertitres : Partageux.

Partager ce billet

Un citoyen ordinaire à la rencontre des personnes cabossées par la vie.