« Nous avons besoin de combattants, pas de pleurnicheurs » (Christine Assange)

« Nous avons besoin de combattants, pas de pleurnicheurs » (Christine Assange)

Décidément, la dernière macronerie sur la lutte contre les “fake news” n’en finit pas de susciter l’émoi sur le Net. De multiples éléments montrent pourtant combien cette énième déclaration présidentielle est vaine et non avenue.

D’abord, vous remarquerez qu’à chaque fois qu’un pouvoir affaibli est mis en défaut, par réflexe pavlovien d’auto-défense, il pond une nouvelle loi censée corriger les défauts des lois déjà existantes.

Un exercice de pure gesticulation proche de la forfaiture

À quoi bon légiférer encore sur la liberté de la presse et les “fake news” quand la loi existante a déjà tout prévu, s’interroge Jacques Sapir qui conclut à « un exercice de pure gesticulation, de pure communication », proche de la « forfaiture ». Et de citer l’article 27 de la loi codifiant la liberté de la presse, héritée d’une loi publiée en juillet 1881 sous la Troisième République :

« La publication, la diffusion ou la reproduction, par quelque moyen que ce soit, de nouvelles fausses, de pièces fabriquées, falsifiées ou mensongèrement attribuées à des tiers lorsque, faite de mauvaise foi, elle aura troublé la paix publique, ou aura été susceptible de la troubler, sera punie d’une amende de 45 000 euros.

Les mêmes faits seront punis de 135 000 euros d’amende, lorsque la publication, la diffusion ou la reproduction faite de mauvaise foi sera de nature à ébranler la discipline ou le moral des armées ou à entraver l’effort de guerre de la Nation »

Le gendarme a des empêchements

Le problème n’est d’ailleurs pas seulement de pondre des lois et de dresser des barrières de protection, mais d’être en mesure de les faire appliquer. Or dans un régime en perdition, il est rare que les services de l’État ne le soient pas tout autant.

La dernière grosse boulette de la DRPP (Direction du renseignement de la préfecture de police) révélée par Mediapart en apporte un exemple confondant. Un agent de la DRPP aurait en effet intercepté et décrypté toute une série de messages électroniques d’un des assassins du père Jacques Hamel à Saint-Étienne-du-Rouvray une bonne semaine avant l’attentat. Mais cette info n’est jamais parvenue à temps à la DGSI (Direction générale de la Sécurité intérieure), bloquée dans les échelons hiérarchiques pour cause de manque d’effectifs, d’agents surbookés et démotivés, plus sans nul doute une sacrée dose d’incompétence.

« Mort de rire, je suis dissimulé. Là je ne suis pas grillé, tranquille. Aucun soupçon. Gloire à Allah, il les aveugle » (Adel Kermiche, un des assassins du père Hamel, dans un message intercepté par la DRPP).

Alors bon, comment voulez-vous que des services incapables d’arraisonner quelques assassins ciblés (la plupart des auteurs d’attentats terroristes en France et en Europe étaient déjà fichés au moment de leurs actes), soient en mesure de contrôler le flux de centaines de milliers d’infos déversées sur les réseaux ?

100 % : le taux d’exactitude des publications Wikileaks

C’est pourquoi on a du mal à comprendre ce déluge de gémissements larmoyants sur la liberté de presse bafouée qui a suivi la déclaration anti-fake news d’un président même pas foutu de fournir un abri décent à sa garde rapprochée.

Une qui n’y va pas par quatre chemins pour stigmatiser la paranoïa ambiante, c’est Christine Assange, mère de Julian [photo]. Dans une récente interview radio, elle note que Wikileaks est financé à 100 % par le public et que le taux d’exactitude de ses quelques 10 millions de documents publiés est aussi de 100 %. Un taux de précision bien au-delà de ceux de la presse mainstream reconvertie dans la propagande sans foi ni loi.

Et Christine Assange de cogner à mots raccourcis contre ces faux supporters de Wikileaks qui insinuent sur les réseaux que l’organisation de son fiston serait manipulée par la CIA, quand ce n’est pas par la Russie. Wikileaks, proclame-t-elle, est une arme médiatique pour révéler comment fonctionnent les gouvernements et les États profonds. Qu’on se le dise :

« Nous avons besoin de combattants Wikileaks, pas de pleurnicheurs ! »

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Un "voyageur à domicile" en quête du monde d'après.