Ces pétages de plomb qui annoncent l’arrivée de la tempête sociale

Ces pétages de plomb qui annoncent l’arrivée de la tempête sociale

J’avais 18 ans en 1968 et j’ai “fait” Mai 68. J’en ai 68 en 2018 et il y a peu de chances que je fasse Mai 18. En tout cas, pas dans la rue (je ne cours plus assez vite). Mais qu’est-ce que je me délecte à voir arriver cette nouvelle tempête.

Qu’elle éclate en Mai 18, avant ou plus tard n’a guère d’importance. En tout cas, toutes les prémisses sont là qui annoncent l’inévitable explosion.

Non pas tant dans les mouvements de colère en gestation, de plus en plus nombreux chez les jeunes. C’est d’eux que tout viendra, comme d’habitude, comme en Mai 68. Et pas d’un monde ouvrier de plus en plus fragilisé, isolé, et surtout cadenassé comme prévu par les vieilles vachasses de centrales syndicales avec leurs “journées de protestations” mûrement éparpillées pour circonscrire les trop-pleins d’irritation.

Une tempête sociale ne vient pas d’un calcul froid, d’un plan de révolte échafaudé par la raison ou dans l’alcôve d’organisations poussiéreuses. Elle vient d’un trop-plein d’exacerbation qui éclate et que plus rien ne saurait contenir (les jeunes savent bien, même confusément, qu’ils n’ont plus grand chose à perdre et peut-être tout à gagner). Elle bénéficie du sentiment grandissant d’écœurement au sein de la population silencieuse, donc d’un soutien tacite, sinon actif.

Les criailleries convulsives d’un vieux monde qui se sent mourir

Et surtout, surtout, signe le plus éclairant, elle est précipitée par les pétages de plomb de plus en plus convulsifs, incontrôlés, proprement incendiaires d’un vieux monde qui se sent mourir.

Et là, question serial-pétages de plomb, on est servi :

  • cette députée LREM, Perrine Goulet, appelant à construire des miradors et à tirer sur les manifestants de Greenpeace intervenant dans les centrales nucléaires ;
  • ce prof d’histoire du droit, Jean-Luc Coronel de Boissezon (déjà très actif dans la fronde anti-mariage homo), participant à la bastonnade contre les étudiants grévistes de l’université de Montpellier, avec le très officiel soutien de son doyen ;
  • les crises de nerfs de plus fébriles des miliciens d’extrême-droite à Lille et ailleurs ;
  • le président du CRIF (Conseil représentatif [sic] des institutions juives de France) déniant en toute obscénité à d’autres citoyens le droit de participer à une journée de deuil contre l’antisémitisme ;

  • Je vous en passe et des meilleures sur les moult castaneries, vallseries, collomberies ou, dans les médias, les apathismes et les saint-cricquailleries qui ponctuent notre quotidien de leurs caquetages de plus en plus frénétiques…

De chouettes histoires à raconter dans cinquante ans

Ce qu’il y a de remarquable avec la volaille pétocharde, c’est que non seulement elle pressent l’orage, mais qu’à force de panique, finit même par le précipiter, sinon le déclencher. À trop vouloir juguler la révolte qui gronde, elle l’exacerbe et la motive.

Je sais bien que celle-ci n’éclatera pas sans quelques dégâts, pifs endoloris, front cabossés, genoux écorchés. Mais n’est-ce pas les petites cicatrices de l’enfance qui font le charme des visages adultes ? C’est toujours de ces cataclysmes sociaux qu’émergent les progrès de l’humanité, les mondes de demain. Un passage un peu secouant, mais obligé.

Pour tout vous dire je ne cache pas que j’attends le déchaînement prochain des éléments avec une jubilation de moins en moins contenue. Je me barbais un peu depuis 50 ans. J’en attends rien pour moi bien entendu – pensez, à 68 ans ! – mais au moins pour les jeunes. Allez-y, les jeunes, lâchez-vous, rentrez dans les plumes de la volaille affolée ! Dans un demi-siècle, ça vous fera de chouettes histoires à raconter à vos mioches.

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Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.