Bob Solo : ZAD partout ?

Bob Solo : ZAD partout ?

Bonne nouvelle, les ultra-riches vont se mettre à la permaculture.

L’idée se rencontre ici et là, du café du coin aux plus éminentes chaires du savoir (cf Bruno Latour) : déjà au stade de la ghettoïsation, la fameuse “upper class” serait en voie de radicalisation vers la bunkerisation.

Ayant enfin pigé et accepté que c’était en grande partie foutu et conclu en elle-même qu’elle ne pouvait guère y faire grand chose, elle aurait, avec le cynisme le plus achevé, décidé de ne plus s’occuper que de sa survie – si tant est qu’elle se soit jamais occupée d’autre chose, et c’est valable y compris pour ceux de ses membres qui se sont fait élire pour tel ou tel mandat, à grands renforts de millions, de poudre de perlimpinpin et de médias amis ou obligés.

Terminée donc de l’idée d’un monde commun pour quelques poignées de milliardaires qui s’imaginent pouvoir s’extraire, se couper, s’enclore, se retrancher maintenant que menace l’effondrement général : un Richxit en quelque sorte. Quand les rats sont blindés de pouvoir et de pognon, ils ne quittent pas le navire au moment du naufrage en se jetant à la baille, ils réquisitionnent d’autorité tous les canots disponibles.

Cette engeance manifestement mentalement dérangée

Mais si tant est qu’ils parviennent à ne pas couler avec le Titanic, que les îles qu’ils s’achètent à prix d’or ne soient pas également sous les eaux dans 30 ans (et ce sera bien drôle de voir ça) et qu’il subsiste assez de matières premières pour les équiper correctement, la question reste : qui les approvisionnera, les nourrira, les servira, concevra et construira leurs logements, fera marcher leurs équipements, entretiendra et réparera leurs machines ? Eux-mêmes ? Rigolade générale. Des robots ? Conçus par qui, fabriqué où ça, avec quoi ? Et cerise sur le blockhaus, tout ça avec quelle énergie ? Avec quelles putains de ressources énergétiques ?

On peut toujours penser que ces gens-là nous cachent des choses et qu’ils vont sortir de leur chapeau des tas de solutions que personne d’autre n’a imaginé. Peu probable. Il semble plutôt qu’ils en soient à un stade avancé de schizophrénie : à la fois convaincus de l’imminence de la catastrophe totale et certains de s’en tirer sans une égratignure ; au courant du risque des nombreuses pénuries à venir (énergies fossiles, métaux, minéraux, terres rares, phosphate…) et persuadés qu’ils continueront à vivre dans l’abondance ; n’ignorant pas les bouleversements sociaux qui vont en découler mais sûrs d’avoir la paix. Comme si à force de rabâcher le conte pour enfants du « en même temps » ils avaient fini par y croire vraiment.

Au fond, on peut se demander si ce n’est pas une bonne chose pour le reste de l’humanité que voir cette engeance manifestement mentalement dérangée décider de s’enfermer elle-même dans ses asiles sécurisés, fussent-ils dorés – mais l’or ne se mange pas. Peut-être pourrions-nous alors tenter de réorganiser le monde, ou ce qu’il en restera, enfin à l’abri de leur dangereuse pathologie.

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Autodidacte en tout, café-théâtre, chanson française (auteur-compositeur-interprète), sculpture, photo, écriture, et même agriculture, en rupture de ban avec "le système", je me cantonne désormais à produire de la pensée et de l'émotion. Je n'attends pas de jours meilleurs (ils seront pires) mais j'en fabrique comme je peux...