#balancetonporc : une inévitable réaction de révolte

#balancetonporc : une inévitable réaction de révolte

Autant le dire, l’initiative #balancetonporc peut choquer par son côté délation limite anonyme. D’un autre côté, comment ne pas comprendre.

C’est un fait, toutes nos compagnes ou presque – mais aussi nombre de nos compagnons (les victimes du clergé “catholique” sont en grande majorité de sexe masculin) – ont fait l’objet d’agressions sexuelles graves avérées au moins une fois dans leur vie.

Il est évident que la chape de plomb sur ces comportements malsains de domination devait un jour ou l’autre éclater, que la parole des victimes devait se libérer.

On peut bien sûr regretter que ce torrent de témoignages accablants s’accompagne de dénonciations nominatives, avec tous les risques de débordements et d’excès que cela suppose.

Certains condamnent l’initiative #balancetonporc en invoquant la nécessité d’en passer par la justice plutôt que par la délation pour régler le problème. Mais si la justice de notre pays était capable d’enrayer le phénomène des agressions sexuelles, cela se saurait depuis longtemps !

À la violence des oppressions et des injustices, succède toujours la violence des libérations

Le phénomène des agressions sexuelles s’explique par deux causes principales :

  • l’acceptation par la collectivité d’une grille hiérarchique généralement imposée par les plus forts ; or dans les faits, la justice officielle d’un pays s’attache bien plus à protéger cette grille hiérarchique qu’à en éradiquer les turpitudes ;
  • une immaturité collective en matière d’épanouissement sexuel, comme je l’avais évoqué dans un précédent billet ; l’agressivité sexuelle s’explique bien moins par une permissivité débordante, comme les rigoristes à œillères voudraient le faire croire, mais par un puritarisme étriqué issu d’un historique culturel et religieux oppressant en la matière.

Et ce n’est pas quand ces sociétés sont en pleine déliquescence régressive, comme c’est aujourd’hui le cas pour la nôtre, que les choses risquent de s’arranger paisiblement. Pas plus que la justice, la raison humaine, qui sert trop souvent à justifier l’injustifiable, n’est capable d’inverser les dérapages des collectivités humaines.

À la violence des oppressions et des injustices, succède toujours la violence des libérations. Celle de l’initiative #balancetonporc n’échappe pas à cette fatalité. Pas question de légitimer la violence, disait Albert Camus, mais en ajoutant aussitôt que l’emploi de celle-ci était hélas parfois inévitable.

À tout prendre et quels qu’en soient les risques, il me paraît préférable de laisser une parole collective opprimée se rebiffer, quitte à en traquer les débordements pour mieux les dénoncer, que de laisser une situation intolérable perdurer et s’envenimer.

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<p>Un “voyageur à domicile” en quête du monde d’après.</p>