Baisse de l’espérance de vie au Royaume-Uni et aux États-Unis : quand la redistribution ne fonctionne plus

Baisse de l’espérance de vie au Royaume-Uni et aux États-Unis : quand la redistribution ne fonctionne plus

Un billet du site TV5 Monde sur l’état réel des pays riches du bloc occidental à travers l’espérance de vie de ses citoyens confrontés à la montée des inégalités.


Depuis deux ans l’espérance de vie diminue aux États-Unis et pour la première fois cette année également au Royaume-Uni. Les causes multiples de cette régression ne sont pas exactement les mêmes entre ces deux pays, mais les inégalités et l’accès au système de santé restent des facteurs communs qui soulignent les limites des politiques pratiquées outre-Manche et outre Atlantique.

L’espérance de vie stagne au Europe depuis plusieurs années, ce qui n’est pas une bonne nouvelle. Mais qu’elle aille jusqu’à reculer en Grande-Bretagne, la sixième économie mondiale, est un signal inquiétant qui alerte les spécialistes : des pans entiers de population subissent un recul alarmant de leurs conditions de vie. Les États-Unis ont déjà entamé cette abaissement de la longévité depuis deux ans. Comment ces deux pays parmi les plus riches de la planète peuvent-ils produire de tels reculs ?

Dans certaines régions des États-Unis l’espérance de vie est plus basse qu’au Bangladesh et au Viêt Nam.

États-Unis : chômage faible mais grande pauvreté

Étrangement, alors que de nombreux économistes montrent en exemple les États-Unis pour leur quasi plein emploi, avec 4% de chômage, c’est pourtant ce pays qui génère le plus grand nombre de pauvres et d’écarts salariaux au sein des pays développés. Les injustices sociales sont une caractéristique des États-Unis. Le candidat à la primaire démocrate, Bernie Sanders faisait ce constat en 2016 : « Une vingtaine de personnes détient la même richesse que les 50 % les moins nantis du territoire américain. » Plus de 5 millions d’Américains vivent avec moins de 4 dollars par jour et comme le soulignait le prix Nobel d’économie Angus Deaton dans un éditorial du New York Times fin 2017 : « Dans certaines régions [des États-Unis] comme le delta du Mississippi et les Appalaches, l’espérance de vie est plus basse qu’au Bangladeshet au Viêt Nam. »

Les enfants américains sont ceux qui sont confrontés au plus haut niveau de pauvreté dans le monde occidental développé.

Les calculs de taux de chômage aux États-Unis ne reflètent pas la réalité de la bonne santé économique et sociale des citoyens : des millions de personnes ne sont pas comptabilisées comme étant sans emploi parce qu’elles sont soit en prison, subissant des mini-jobs, malades, ou simplement n’étant pas inscrites dans l’équivalent des pôles-emploi américains. Près de 45 millions de personnes sont considérées comme “pauvres”, soit 13,5% de la population . Ces chiffres sont contestés par des universitaires qui estiment que la pauvreté aux États-Unis est bien plus importante. Une étude publiée fin 2009 sur la pauvreté des enfants fait ce constat effarant : « Les enfants américains sont ceux qui sont confrontés au plus haut niveau de pauvreté dans le monde occidental développé. »

Les États-Unis sont le pays le plus riche du monde, avec les plus hauts revenus par habitants et pourtant une part importante de sa population vit dans de très mauvaises conditions, au point de faire baisser l’espérance de vie de l’ensemble de la nation. Les raisons concrètes de cette baisse sont connues et sont dues principalement à la mauvaise alimentation, la difficulté d’accès aux soins, la prise de drogues et de médicaments opiacés.

Royaume-Uni : quand l’austérité tue

Le Royaume-Uni subit des problèmes d’inégalités sociales et de grande pauvreté depuis des décennies, mais avec une explosion de ceux-ci depuis 2011 : la crise financière de 2008 a incité les différents gouvernements britanniques à appliquer des cures d’austérité budgétaires drastiques.

Dans le quartier le plus cher de Londres, à Chelsea, les riches vivent en moyenne 16 ans de plus que les pauvres.

La longévité est en baisse au Pays de Galle et en Écosse et cette baisse est clairement reliée au niveau de vie des habitants : francetvinfo explique que « dans le quartier le plus cher de Londres, à Chelsea, les riches vivent en moyenne 16 ans de plus que les pauvres ».

La population la plus touchée et la plus fragile au Royaume-Uni est celle des personnes âgées qui ne peuvent souvent pas se payer une alimentation correcte, les prix ayant flambé, pas leurs pensions. Le budget du système de santé a été grévé et de nombreux services ne sont plus fournis, comme les repas livrés à domicile ou les bus en zone rurale. Les prises en charge de problèmes de santé causés par la pollution  sont le plus souvent effectuées en urgence. Alcoolisme, prises d’anti-dépresseurs, suicides causés par l’isolement social et économique : les personnes âgées meurent de plus en plus prématurément au Royaume-Uni.

Interrogé par Le Monde, un chercheur de l’université d’Oxford, Danny Dorling résume la situation : « Si plus de gens vivent sous le seuil de pauvreté, qu’on réduit les aides aux personnes âgées, que le budget du système de santé ne progresse pas, qu’il y a plus de sans-abri, peut-être qu’on ne devrait pas être surpris des conséquences. »

Sachant que le taux de longévité a été “gonflé” par l’arrivée des jeunes immigrés polonais venus chercher du travail, la réalité de la baisse de l’espérance de vie britannique va très vite devenir difficile à cacher. Le chercheur Danny Dorling n’est pas optimiste et pense que cette baisse va continuer et s’amplifier. Le problème central qui n’est pour l’heure pas discuté, pour cause de batailles politiques sur le Brexit, est en fait celui de la redistribution des richesses. Mais l’État britannique ne semble pas désireux de s’emparer du sujet, surtout quand il se vante de son taux de chômage à 4% gagné par des mesures de restrictions des droits des chômeurs, de contrôles ultra sévères et de “contrats 0 heure”

Pascal Hérard

=> Source : TV5 Monde

Partager ce billet

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.