#AvecLesCheminots (7) : une procession importante, mais un peu convenue et déjà vue

#AvecLesCheminots (7) : une procession importante, mais un peu convenue et déjà vue

Le Partageux était à la manif #AvecLesCheminots : gaffe que cette manif catholaïque de gauche ne devienne pas un cortège funèbre.

Une bien belle procession sous le patronage de Sa Sainteté Mélenchon, de Monseigneur Besancenot, du Cardinal Poutou et de la Mère Supérieure Arthaud. Je t’épargne la longue litanie des archevêques, curés, diacres, moines et moinillons syndicaux.

Pour éloigner les gelées tardives, la grêle et la sécheresse qui gâteraient nos récoltes, nous exposons ès rues le Saint Sacrement et la chasse contenant un morceau de la vraie croix. Avec force étendards et bannières. Reposoirs à lumière rouge témoignant de la présence divine et encensoirs.

Traduction pour le XXIe siècle. Pour éloigner la menace d’un retour social au XIXe, du moins pour ceux qui n’y sont pas déjà, nous défilons avec pancartes artisanales et banderoles. Les drapeaux suivent le camion-sono qui ouvre la manif. Feux de Bengale et fumigènes aux carrefours.

Le sermon de l’Abbé Fo au départ de la procession. Repentez-vous, hommes de peu de foi ! Un syndicaliste promet d’engager toute la force de son organisation pour astiquer les oreilles de Macron si…

Sœur Séverine chante les matines comme à son habitude. « Aucu, aucu, aucune hésitation… » Elle est au beau milieu des drapeaux rouges de la CGT.

Dom Cédric asperge ses ouailles d’eau bénite pour chasser le Malin. Cédric avec ses tracts, c’est l’infatigable cheville ouvrière de la CNT locale. On voit de loin le bouquet de drapeaux à l’enseigne du chat hérissé.

L’abbé Moustache, l’aumônier d’Ensemble, a maintenant les cheveux bien blancs. Faut dire qu’après tant d’années passées au NPA et à la LCR, le camarade ne se fait plus tout jeune, même s’il rigole toujours autant et qu’on a plaisir à le rencontrer.

L’harmonium de l’église de la Fsu se fait plus discret qu’à l’habitude. Son camion-sono ne nous fera endurer Saez – chanteur qui semble en phase terminale depuis bien dix-quinze ans – que le temps d’un des cantiques asthéniques dont il a le secret.

La chorale de la paroisse Sud est en effet de la procession et on lui laisse l’espace sonore afin de mieux prier pour le repos de nos âmes (mais surtout de nos mollets). La chorale paroissiale, c’est une fanfare avec son saxophone, ses cuivres et ses percussions. La note vraiment gaie dans cet océan un poil tristounet.

Le Révérend Père curé Delacégète fait une bien belle homélie devant la préfecture pour clore la procession. Les cheminots joignent les mains, toutes bannières déployées. Les hospitaliers, les territoriaux, les enseignants et le personnel des EHPAD ne sont pas loin derrière.

Trois nouveautés. Tout un groupe d’avocats en robe noire qui rappelle la soutane. Les drapeaux bleus du syndicat de policiers Alliance. Et une grande banderole « Frexit » de l’UPR derrière laquelle se pressent deux douzaines de retraités.

Dans la manif, beaucoup de vieillots, mais pas de bicots, pas de négros, pas de clodos et peu de jeunots

Des retraités aussi avec Lutte Ouvrière et on se dit que chez nous, au vu de leur âge, on va vite trouver davantage de militants Lutte Ouvrière en EHPAD que dans les manifs.

Et encore des retraités ! Le Parti Communiste a dû fournir un drapeau rouge à chacun de ses derniers membres pour donner l’illusion du nombre et l’artifice fait un peu pitié.

« Pour avoir si souvent dormi / Avec ma solitude / Je m’en suis fait presqu’une amie / Une douce habitude » chantait Moustaki. Ah tiens ! Après les scissions multiples et les démissions tombées comme à Verdun, on croise un jeune porteur de drapeau du NPA bien esseulé.

La procession va de la Place de la République à la préfecture en passant devant la mairie, le tribunal, le Conseil départemental. Devant le Medef stationne un poulailler bien garni et lourdement armé. Il reste dans l’histoire locale le vif souvenir d’un épisode de l’ère Sarkozy où deux-cents plasticiens, inspirés par l’esthétique des squats abandonnés, ont refait la déco des bureaux gattaziens…

Mea maxima culpa ! [Pour les ceusses qui n’ont pas décliné rosa, rosa, rosam : C’est ma plus grande faute.] Pas songé à compter les stations du chemin de croix. Elle sont au nombre de quatorze dans la religion catholique. Tout occupé à notre psaume avec une moniale protestante, c’était pour la touche d’œcuménisme, je n’ai commencé à compter les magasins fermés récemment [trois] sur notre trajet qu’après le plus clair de la procession. On tend hélas à minimiser l’importance du chemin de croix.

Pour l’œcuménisme, encore des progrès à faire. Pas de bicots, pas de négros, pas de clodos, peu de jeunots. Surtout du blanc catholaïque d’âge mûr même s’il est venu en nombre.

C’était une manif et cela pourrait devenir un cortège funèbre. Si on impressionne Macron avec nos processions, nos matines et nos cantiques, s’il abandonne son massacre social devant nos vêpres et nos rogations même à un million, s’il fait des nationalisations par peur de nos prières et nos bannières… l’athée veut bien être tonsuré, porter la robe de bure et faire vœu de chasteté en récitant des patenôtres.

Faudrait que cette procession, où on s’est fait plaisir en retrouvant copines et copains, ne soit qu’un apéritif avant de passer aux choses sérieuses qui feront mal aux finances des financiers et pas aux bourses plates.


Quand le train est le décor pour une chanson. Unité de temps, unité de lieu, unité d’action, les règles de l’art dramatique classique sont soigneusement observées. « Sa jupe remontait si haut / Mon cœur battait comme un idiot. » Pierre Delorme chante tout en délicatesse un coquin souvenir de “Train de nuit”.

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Un citoyen ordinaire à la rencontre des personnes cabossées par la vie.