#AvecLesCheminots (4) : quand le sage montre Bernard Arnault, la foule regarde le cheminot

#AvecLesCheminots (4) : quand le sage montre Bernard Arnault, la foule regarde le cheminot

C’est l’idée du MediaTV. Une photographie de gare accompagnée du mot-dièse #AvecLesCheminots. Ou bien on chante gares et trains avec le plan Freycinet…

« La priorité du gouvernement, c’est les transports de la vie quotidienne, ceux que les Français prennent tous les matins pour aller au travail, ceux qu’ils ont besoin de prendre pour aller chercher leurs enfants à l’école. Notre priorité, c’est les trains de la vie quotidienne. Et c’est bien pour ça qu’on va mettre plus d’argent qu’aucun gouvernement n’en a mis sur ce réseau classique. » (Elisabeth Borne, ministre des transports.)

Puisque cette dame n’est pas trop culturée, ou puisqu’elle perd la mémoire en causant, ou bien puisqu’elle nous prend pour des cons, on va lui rappeler le plan Freycinet. En 1879 l’économie française est en berne. Le gouvernement décide alors non pas de briser les tabous mais une relance par l’injection massive de capitaux dans la construction d’écoles, de routes, de ponts, de chemins de fer.

« Politique dont l’historien [conservateur] Marcel Marion a pu écrire qu’elle “dépassait toutes les considérations de prudence et de mesure” : six milliards de francs devaient être dépensés en dix ans, dont plus de la moitié destinés à construire de nouvelles voies de chemin de fer. Tel était le programme de 1879. Les choses ne se passèrent pas tout à fait comme prévu. Au lieu des 8 000 kilomètres envisagés, on en construisit plus de 16 000, et plus de neuf milliards de francs furent dépensés sous la pression électorale. […]

Le plan affirmait que le nouveau régime (la République, ndr) ne signifiait aucunement la dépression ; il étendait son influence dans les campagnes et consolidait son emprise grâce aux possibilités d’emploi offertes par les programmes des construction et d’administration des lignes de chemin de fer. De ce point de vue, l’extraordinaire augmentation du nombre d’employés des chemins de fer est significative :  86 300 en 1861, […] 222 800 en 1881 […] et 511 000 en 1921. Une armée de travailleurs stables, occupant des postes stables […] » (Eugen Weber, La Fin des terroirs, éd. Fayard)

Neuf milliards de francs de 1879, je laisse aux gens compétents le soin de nous dire combien cela fait de centaines ou milliers de milliards d’euros d’aujourd’hui. Mais, dans son livre magistral, Eugen Weber dépeint par le menu tout ce que le plan Freycinet a apporté d’amélioration de la vie jusque dans la plus reculée de nos campagnes.

Voici une chanson ancienne qui te raconte, à sa façon, ce changement réjouissant. La Bamboche chante “Les trois mineurs du chemin de fer” et c’est pas triste !

« – Tu sais combien il a récupéré, Bernard Arnault, avec la réforme de l’ISF ?
– Cinquante millions ?
– Cinquante ! Mais non ! Cinq-cent-cinquante-deux ! Cinq-cent-cinquante-deux, 552 putains de millions. Et c’est la quatrième fortune mondiale !
– Oh les cons ! Ça va finir par se voir…
– Mais non, on leur a expliqué que, le problème, c’est les cheminots !
– Je suis mort ! » (Flamant rosse)

Steve Goodman use ses fonds de culotte sur les bancs de l’université avec Hillary Rodham qui se fera connaître sous le nom de son mari Bill Clinton. Hélas Goodman, pourtant issu d’une bonne famille, sombre dans la guitare et écrit une chanson de train, a train song, un genre dont tu ne peux imaginer l’importance symbolique aux États-Unis. Cette chanson, “City of New Orleans”, reprise par une myriade d’interprètes célèbres, marque l’histoire de la chanson américaine. Roger Mason en a fait une chouette adaptation fidèle à l’original. C’est “Le vieux train de la Louisiane”. Et en voilà le texte icitte si tu as de la misère à comprendre le français si tellement personnel de Roger Mason.

« En sortant de l’école / Nous avons rencontré / Un grand chemin de fer / Qui nous a emmenés / Tout autour de la terre / Dans un wagon doré. » Les frères Jacques chantent “En sortant de l’école” de Jacques Prévert et Joseph Kosma. Tu imagines un monde où on ne pourrait même plus lire Prévert à nos gosses sans devoir leur expliquer ce qu’était un train ?

« Dans nos démocraties vieillissantes et stupides, quand le sage montre Bernard Arnault, la foule regarde le cheminot. » (Michel Mompontet)

Alain Souchon est un maître incontesté en la matière. Il a passé voici belle lune son doctorat ès nostalgies. “La Compagnie” : « C’est fini, la Compagnie Internationale des Wagons-Lits / C’est fini, le gentil boogie-woogie coquin / Les baisers en gare, arrêtés pour l’entretien / C’est fini, les grands express européens. »

 

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Un citoyen ordinaire à la rencontre des personnes cabossées par la vie.