Réfugiés : avec SOS Méditerranée lutter contre la barbarie européenne

Réfugiés : avec SOS Méditerranée lutter contre la barbarie européenne

SOS Méditerranée lance un appel de détresse. Son bateau-ambulance l’Aquarius, avec 629 réfugiés à bord, ne sait où accoster. Il est à mi-chemin entre Malte et Italie qui lui interdisent leurs ports.

Larmes de crocodiles de l’Europe qui veut faire pression sur ces deux pays. Oubliant sa propre saloperie, le règlement de Dublin qui met les réfugiés à charge éternelle des seuls “pays d’entrée” en Europe. Oubliant que ses flics aux frontières tuent partout et pas seulement en Méditerranée. Oubliant sa chasse aux négros et basanés qui sévit partout. Oubliant que l’Europe finance par milliards les milices libyennes que fuient les migrants.

Six-cent-vingt-neuf réfugiés sur l’Aquarius. Dont des blessés et des malades qu’il faut hospitaliser, onze gosses, sept femmes enceintes, cent-vingt-trois mineurs non accompagnés.

« L’Europe qui protège. » Te souviens-tu de cette fable qu’on racontait aux gosses ?

Je republie le monument en l’honneur de Klaus Vogel, cofondateur de SOS Méditerranée, un valeureux de notre temps que nos petits-enfants honoreront en gravant son nom sur les monuments du futur.


« Quand j’ai découvert le premier bateau auquel nous avons porté secours, je pense que j’ai senti – feel and smell [ressenti avec les tripes et senti avec le nez] – la même chose que les GI’s qui ont libéré les camps de concentration en 1945. La même détresse, la même horreur, la même mort contenues dans chaque corps. Jamais je n’avais vu des humains dans cet état. »

Klaus Vogel, allemand, est titulaire d’un doctorat en histoire. Dans tous ses entretiens il dit combien cette période noire de l’histoire allemande est importante pour lui.

« Un des membres de notre équipe a tendu la main à l’un des naufragés en lui disant “Accroche-toi, frère”. J’ai entendu ce mot, “frère”, et j’ai compris pourquoi j’avais fait tout ça. Une fois que tu as saisi, vu, senti que ce sont nos frères, tu ne peux pas les laisser. C’est insoutenable. »

Capitaine de la marine marchande, Klaus Vogel est l’initiateur de SOS Méditerranée. L’Aquarius, le bateau affrété par l’organisation, porte secours aux embarcations de réfugiés qui tentent la traversée.

« Dans ma carrière, je n’avais jamais été confronté à un sauvetage de masse, avec des centaines de réfugiés à secourir. Je connais des gens qui ont dû y faire face.

Mais j’ai moi-même expérimenté des situations de détresse. Il y a par exemple cette fois où un clandestin sénégalais s’était caché dans un bateau. Au bout de deux jours, il s’est montré à l’équipage. J’étais le seul à parler français à bord. Il m’a raconté son histoire et les motivations de son voyage. C’est une expérience qui permet de comprendre que s’ils entreprennent ce parcours, c’est parce ces gens y sont forcés.

C’est une situation dans laquelle tout le monde peut se retrouver. Les Européens l’ont eux-mêmes vécu lorsqu’ils ont dû quitter l’Europe pour les États-Unis par exemple. Il ne faut pas l’oublier. »

L’oubli. Une autre idée maîtresse qui revient toujours dans les propos de Klaus Vogel.

« Je ne pouvais pas imaginer que l’Europe puisse reculer comme ça, sur tout. Depuis qu’on commence à parler un peu de SOS Méditerranée, on nous “félicite” pour nos “succès”. Quel succès ? Ils sont des milliers, ils meurent. Il faudrait fonder SOS Libye, SOS désert, SOS Afrique…

Il faudrait, surtout, que nous changions d’approche face à toutes ces détresses. Et qu’on se fonde sur la solidarité et la compassion plutôt que sur la peur. Ces gens nous font peur parce qu’ils sont forts et courageux, au point de se jeter dans l’inconnu, de fuir une misère inéluctable. Et si c’était eux, les vrais héros ? »

Deux capitaines ont été formés aux procédures de sauvetage pour ne mettre en danger ni l’équipage, ni les personnes secourues. Ils dirigent l’Aquarius à tout de rôle. Klaus Vogel ne navigue plus sauf besoin urgent : « Je dois témoigner et continuer de trouver de l’argent. » Avec un personnel entièrement bénévole, l’Aquarius coûte onze mille euros par jour. Il faut les trouver. Et puis, lui qui parle allemand, français et anglais, il lui faut aussi être en permanence la mauvaise conscience des politiciens d’Europe.

« Je ne suis pas en colère, je suis triste. Profondément. Une personne seule ne peut pas sauver le monde. […] C’est à nous tous, citoyens d’Europe et d’Afrique, de partager cette responsabilité. »

À nous tous de dire et de clamer, d’écrire et de répéter partout, que nous n’acceptons pas que nos frères soient maltraités ou abandonnés parce qu’ils fuient des pays devenus invivables.

« Frères, je te dis ! Comment a-t-on pu oublier si vite ? »

Un jour le capitaine Klaus Vogel nous quittera et nous chanterons Les copains d’abord de Georges Brassens.

« Oui, mais jamais, au grand jamais
Son trou dans l’eau n’ se refermait
Cent ans après, coquin de sort !
Il manquait encore. »

=> Photo : Patrick Bar pour SOS Méditerranée.

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Un citoyen ordinaire à la rencontre des personnes cabossées par la vie.