L’appel de Marie-Laure Malric : au secours, ils dorment dehors par ce froid !

L’appel de Marie-Laure Malric : au secours, ils dorment dehors par ce froid !

« Mes amis, au secours ! » (Abbé Pierre, 1954). « Je vous demande à tous d’être responsables. Ce soir encore il y a urgence vitale » (L’appel de Marie-Laure Malric, aujourd’hui). 1300 hommes, femmes, enfants dorment dehors à Paris malgré le froid.


Optimistes En Marche

Nous devons être optimistes, ne pas nous laisser aller à la morosité ambiante qui consisterait à croire qu’il y aura de la neige à Paris. […] Nous ne comprenons pas les attaques incessantes de ceux qui voudraient faire croire que s’il y avait de la neige, nous ne serions pas en mesure de faire face.

Nous ne cessons pourtant de communiquer : Il n’y aura pas de neige d’ici 2021. Il n’y aura pas de personnes à la rue dès début janvier 2018. […] Soyons optimistes et n’écoutez pas ce que peuvent vous raconter les dangereux activistes. (Modèle possible d’un communiqué des optimistes En Marche.) [7 février]

Moins huit degrés centigrades cette nuit

Je reviens du métro Jaurès. Sur le bord du canal, des tentes sous la neige, des jeunes hommes grelottant. Un petit feu. On prévoit une nuit à moins huit degrés centigrades. Pour eux, aucune mise à l’abri. RIEN. […] Finalement, ce soir ma famille et moi on hébergera un jeune homme. Ce n’est pas possible de ne rien faire à ce point.

Si seulement le nombre de photographes qui ont défilé en trois heures avaient tous pu prendre une personne chez eux ce soir… peut-être qu’ils seraient tous à l’abri ! […]

Si on n’a rien à proposer à ceux qui sont là, si on ne peut même pas offrir un café au chaud à l’un des gars, histoire qu’il se réchauffe une heure. Si on n’est même pas capable de ça, ce n’est pas la peine d’aller à leur rencontre, surtout pour prendre des photos.

Beaucoup de gars parlent anglais, la communication est plutôt agréable, très cordiale. […] Allez sur place. Si vous pouvez offrir une douche, une nuit au chaud, un repas chaud, un thé dans un café pas loin. C’est quoi deux euros ?

Moins huit degrés centigrades cette nuit.

Évidemment tout ceci est très photogénique. J’en conviens. Dans une des villes les plus riches du monde, avec des milliers de mètres carrés vides, c’est effectivement surréaliste. C’est complètement dramatique. C’est hallucinant de maltraitance institutionnelle. [7 février]

Absolument impossible d’ouvrir un lieu dans Paris

Hier, suite à mon billet concernant les hommes qui dorment à moins huit degrés centigrades dehors, un élu a contacté une équipe pour voir s’il n’y avait pas d’urgence sanitaire grave sur le campement de Jaurès. Du type mort de froid par exemple. C’est vraiment sympa, monsieur l’adjoint à la mairie de Paris.

Par contre, après avoir discuté dix minutes avec lui au téléphone, il s’avère qu’il est absolument impossible d’ouvrir n’importe quel lieu dans Paris. Absolument impossible.

Aller sur la lune, c’est possible, cloner des chimpanzés c’est possible, greffer un organe c’est possible, mais ouvrir un gymnase, réquisitionner un lieu, c’est absolument impossible. Pourquoi ?

– D’abord parce que c’est à l’État de réquisitionner, m’explique monsieur l’élu.

– Ok monsieur l’élu, c’est à l’État de le faire, vous avez à peu près bien appris la leçon. Mais, attention, question piège : quand l’État ne le fait pas, qu’est-ce qu’on fait ?

– La mairie peut débloquer quelques places, par ci, par là… Mais ce n’est pas pour les réfugiés. Mais, sait-on jamais, si vous allez dans ces gymnases d’arrondissement peut-être qu’il restera une place pour quelqu’un. Mais faut pas débarquer à dix personnes, ça non ! Et puis d’abord normalement on ne peut pas y aller comme ça, il faut être orienté par le Samu social, après avoir passé une évaluation, etc…

Bref, t’as plus de chances de gagner au tiercé que de trouver une place dans un gymnase par moins dix degrés centigrades à Paris.

Le bureaucrate de Dachau-sur-Seine

– Si ces hommes n’étaient pas terrorisés à l’idée d’occuper un bâtiment vide sans risque d’être arrêtés par le police et déportés en Afghanistan, c’est cela qui se passerait, je ne vous le cache pas. Le plus simple serait que vous autorisiez une occupation, il seraient rassurés.

– Ce n’est pas possible, il y a des normes de sécurité, si dans ce lieu il arrive quelque chose, qu’une personne se blesse, qu’elle tombe, alors ce sera la personne qui a signé qui sera responsable, vous comprenez qu’on n’improvise pas comme ça avec trois bouts de ficelle, m’explique, condescendant, monsieur l’élu… qui se dit préoccupé quand même.

– Oui, bien sûr, je comprend alors que si quelqu’un meurt de froid ou a des gelures, des séquelles dues au froid, dans la rue, personne n’est responsable c’est certain. […]

Dans la rue, personne n’est responsable. Elle est donc là, la terreur du petit fonctionnaire : être responsable.

Je vous demande à tous d’être responsables, je vous en prie, si les adultes qui sont à la tête de cette ville sont terrorisés par la responsabilité, je vous demande à vous Parisiens, de l’être, malgré eux, contre eux, en dépit d’eux.

Ce soir le jeune homme qu’on a accueilli une nuit a fait la queue à partir de cinq heures du matin devant le centre humanitaire Porte de la Chapelle. On lui a dit qu’il n’y avait pas de place.

Il a noté “Mum” et “Dad” [Maman et Papa] sur son téléphone pour nous contacter. Ça me désespère.

Il reviendra dormir à la maison ce soir, ils sont une centaine comme lui au métro Jaurès. Ce soir encore il y a urgence vitale. [8 février]

=> Source : Marie-Laure Malric. Photo : Shikhali Mirzai. Intertitres : Partageux.

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Un citoyen ordinaire à la rencontre des personnes cabossées par la vie.