Art & politique : Rebecka Tollens (1990- )

Rebecka Tollens Kalaset (the fiest), 40 x 50 cm, 2018, crayon fusain

Rebecka Tollens est née en 1990 à Stockholm.

Rebecka est une artiste à la double culture franco-suédoise. Alors qu’elle se destine au droit international, elle change radicalement de voie en 2011 et se lance dans des études d’illustration à Paris, après une mission humanitaire au Ghana et un voyage de cinq mois en Amérique du Sud.

« Je suis née et j’ai été élevée dans la banlieue de Stockholm, où je vis et travaille actuellement après avoir passé 10 ans en France. Ma mère est suédoise, mon père est originaire des Alpes françaises. À l’origine je voulais devenir politicienne, traiter des droits de l’Homme. Mais depuis 2011, j’étudie et travaille le dessin au crayon et fusain. Je partage un atelier, La Junte à Stockholm avec sept femmes incroyables qui travaillent dans divers domaines artistiques… Le Ghana était mon premier grand voyage solo et ma première claque. J’avais à peine 18 ans et je voulais aider le monde à travers la politique. Je suis rentrée autant confuse par les mensonges de la réalité, qu’éveillée par tous les nouveaux spectres dont j’avais l’impression qu’ils m’avaient été cachés jusque là… »

Les œuvres de Rebecka inspirées de ses rêves sont imprégnées d’une atmosphère trouble, entremêlant les thèmes de la mystique nordique, de la sonorité et de l’enfance. Des fêlures de l’enfance à l’inconstance des hommes, elle livre un regard lucide et sans concession sur son éducation, l’apprentissage du désir, les rapports amoureux. De scènes de famille surréalistes en relations sans lendemain, ce quotidien parfois rugueux est dépeint avec un féminisme largement assumé.

Exécutés à la mine de plomb et au fusain, portés par un indéniable sens de la composition et un remarquable travail sur la lumière, les sujets abordés sont adoucis par d’oniriques paysages, souvenirs de ses années passées en Scandinavie. Rebecka Tollens brosse l’atmosphère mélancolique d’un album de famille. Les scènes, intimistes, montrent des personnages, des enfants tout particulièrement, au quotidien, sans qu’on parvienne à les situer dans le temps. Cet ensemble en noir et blanc exhale un parfum étrange.

« L’indéfini est le fondement de mon travail sans mettre de côté l’ambiguïté du facteur humain. D’une certaine manière je recherche un sentiment partagé entre le connu et l’inconnu pour échapper au poids de la gravité sans le renier. Avec les fantômes de mon enfance et avec l’aide de l’équilibre chaotique de mes rêves j’essaie de livrer un aperçu lucide de l’invisible en cherchant un chemin au-delà des mots qui puisse m’aider à expliquer ma vision du monde, ma réalité. »