Art & politique : Paco Pomet (1970- )

Paco Pomet, The Lesson, 2020, huile sur toile 130 x 170 cm

Paco Pomet est né à Grenade (Espagne) en 1970. Il vit et travaille à Grenade.

Formé à l’Université de Grenade et à la School of Visual Art de New York, Paco construit depuis près de vingt ans un univers qui oscille entre réalisme, merveilleux et bande dessinée poétique.

Partant de moments ordinaires, voitures sur la route, photos de famille, il fait intervenir un univers tiré de la pop culture. Un décalage qui ne manque pas d’humour. L’aspect vintage d’images souvent tirées d’archives américaines des années 1950 pourrait donner à ses toiles un ton sérieux, mais qui se trouve dérouté par l’irruption d’éléments inattendus. Colorés et lumineux, ses détails en deviennent rapidement l’élément central.

Paco Pomet joue sur une distorsion du réel en intégrant des éléments, souvent humoristiques, hors de contexte face au sujet principal de l’œuvre. Une déformation physique, un jeu sur l’échelle du dessin, des couleurs brillantes voire irréelles. Le résultat est un mélange hilarant et mystérieux qui invite chacun à s’interroger sur le sens de son art, nourrissant « une certaine naïveté pour un regard nouveau sur les choses », loin des conventions.

« L’effet monochrome opère comme une réaffirmation du caractère prétendument documentaire des images que j’utilise. Cependant, dès que nous sommes entraînés dans la scène, le mécanisme de torsion surmonte. Ce que nous supposons être réel ne l’est pas. Lorsque j’introduis les éléments de discordance, je pointe en quelque sorte la crise linguistique qui définit la culture occidentale. L’appropriation de l’Histoire et des éléments déformants devient une pratique critique qui aborde notre époque, stigmatisée par le nihilisme et le discrédit…
Mes motivations viennent principalement du sentiment quotidien de perplexité ressenti en voyant comment le monde insiste pour dévoiler ses traits dénués de sens. Au fil des années, je me retrouve de plus en plus misanthrope et sceptique. En tout cas, je ne laisserai pas cela envahir entièrement mon esprit, car je peux toujours compter sur la rédemption de l’art.
Dans mon travail, je peux toujours mener une dérive chaotique vers une terre de sens plus sûre… je m’intéresse beaucoup à l’actualité, mais pour bien comprendre le monde d’aujourd’hui, il est nécessaire de regarder en arrière et d’examiner les événements historiques. Le passé est plein d’indices qui peuvent dévoiler le présent, donc à certains égards, nous pourrions paraphraser cette déclaration qui dit qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil (Nihil novi).
J’ai toujours pensé que les sujets et les thèmes restent les mêmes au fil des siècles et que les poursuites, les aspirations et les chimères humaines sont cycliques. De nos jours, nous pouvons avoir différents outils et façons d’aborder ces problèmes, mais les questions importantes restent les mêmes, même si la façon dont elles se présentent change au fil des ans. La technologie s’accélère et s’intensifie, mais, pour le moment, n’ajoute pas de nouvelles significations. »

Paco Pomet, Ambush, 2018, huile sur toile 60 x 70 cm
Paco Pomet, Efteling, 2017, huile sur toile 130 x 170 cm