Art & politique : Kura Shomali (1979- )

Kura Shomali, Autorité morale, 2021, Technique mixte sur papier, 80 x 120 cm (d’après une photo d’Yves Sambu) "Le personnage incarne la figure de l’homme grisé par sa puissance. On ne sait pas très bien au juste qui est ce personnage, ni ce qui lui confère l’autorité morale qu’il revendique, mais sa suffisance nous renvoie à tous les abus de pouvoirs quels qu'ils soient."

Kura Shomali est né en 1979 à Kananga, province du Kasaï-Occidental (République démocratique du Congo). Il vit et travaille à Kinshasa.

Engagé dans des études de médecine, Kura Shomali les abandonne au bout de deux ans pour entrer à l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa. En 2003, il est cofondateur d’un collectif d’artistes nommé les “Eza possibles” à l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa. Ils ont l’idée d’utiliser ce qui traîne dans la rue, ce dont les gens ne veulent plus, des carcasses, des ferrailles, des restes du quotidien pour en faire des installations et les planter au beau milieu de l’Académie des Beaux-Arts. L’exposition “Kinshasa Wenze Wenze” voit le jour. Wenze signifie “petit marché” en lingala, Kinshasa bric-à-brac. « L’esprit d’équipe, c’est comme la ferraille. Tant que c’est séparé, ça ne fait rien. Mais quand on rassemble, quand on soude, ça fait quelque chose. » Après l’exposition, le collectif s’affirme autour de six artistes : Pathy Tshindele, Méga Mingiedi, Eddy Ekete, Kura Shomali, Kennedy Dinanga et Freddy Mutombo.

En 2004, il bénéficie d’une bourse de l’ambassade de France pour rejoindre l’École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg, dont il sort diplômé en 2008.

Après avoir réalisé des vidéos, des installations, des marionnettes, ou encore façonné des matériaux de récupération, c’est par le dessin qu’il s’épanouit et affirme son style. Il réalise des œuvres sur papier dans lesquelles il mêle fusain, stylo bille, gouache, encre, feutre et collage qui donnent une texture et un aspect uniques à ses œuvres. Ses premiers dessins, réalisés dans une sorte “d’urgence”, s’inspirent du bouillonnement de Kinshasa ainsi que des magazines qui y circulent de main en main. Son œuvre est à l’image de la mégalopole chaotique où il vit et qu’il “digère”, comme il l’explique lui-même. Dans ses œuvres plus récentes, Kura Shomali s’approprie les images connues des photographes du continent qu’il réinterprète avec humour. Il fabrique également des marionnettes à partir de matériaux de récupération, qu’il met en scène dans des vidéos et fait parler pour dénoncer la corruption et les conflits qui gangrènent son pays.

Shomali capture la ville, ses habitants, ses rumeurs, sa culture populaire, s’inspirant parfois des images des magazines et de la photographie de Jean Depara ou de Seydou Keita. « C’est la ville et ses composantes que j’essaye de digérer pour faire de l’art. Pas un art de recyclage à l’africaine mais un art qui est comme la vie. »

Kura Shomali, Lembele, 2019, Technique mixte sur papier, 85 x 70 cm
Kura Shomali, Sans titre, 2012, Encre, gouache et acrylique sur papier, 100 x 144 cm