Art & politique : Karine Hoffman (1974- )

Karine Hoffman, Cosmic studio, 2021, huile sur toile, 195 x 130 cm

Karine Hoffman est née en 1974. Elle vit et travaille à Paris.

Diplômée des Beaux-Arts de Paris (ateliers de Bioulès et d’Alberola), elle a obtenu une résidence d’artiste à la Casa de Velazquez à Madrid où elle a séjourné deux ans.

L’œuvre de Karine Hoffman occupe en France une place peu commune, dans la lignée des peintres allemands contemporains. Ses œuvres sur toile nous plongent dans des atmosphères nocturnes éclairées par un soleil de plomb. Sites en ruine, lieux oubliés où surgissent des fragments narratifs et des obsessions personnelles. Un gant usé, un arbre luminescent, un piolet assassin, une palissade de guingois s’imposent en indice d’une énigme, un territoire des abysses.

« J’ai été bercée par les récits de ma grand-mère fuyant l’Allemagne nazie et rejoignant l’Oural, par train et par traineau. Et par ceux de mon grand-père qui, à dix-neuf ans, se cachait pour survivre : il parcourait la campagne polonaise à la recherche d’un abri, puis a finalement été déporté à Auschwitz. Il y a aussi les récits de ma famille sur l’URSS et à la Pologne communiste, leurs rapports à la fuite et à l’incarcération. J’ai un besoin de plus en plus grand de raconter leurs souvenirs dans ma peinture : ce qu’ils ont vu, ce qu’ils auraient pu voir, ce que je veux et peux montrer de ce que je crois. Ces récits de souvenirs sont des tremplins qui construisent mes sujets, me permettant ainsi d’interroger mon identité. »

« L’œuvre de Karine Hoffman est traversée par une tradition narrative littéraire, un espace mental textuel dans lequel se côtoient Franz Kafka, Bruno Schulz, Jorge Luis Borges, Philip. K. Dick et Witold Gombrowicz. Chacun d’entre eux avance avec des enquêtes sans solution, poursuivant des quêtes inabouties, construisant des récits qui se bousculent dans des impasses. L’impossible n’est pas une complication mais une méthode de travail, une manière de construire une réflexion sur le monde. Répondre à une interrogation par une autre interrogation prolonge sans cesse l’énergie du questionnement… Les scènes représentées semblent échapper à la caractérisation du lieu. Aucun élément d’architecture, aucun repère cartographié. Seuls les indices du temps (mais aussi de l’époque) permettent de saisir une partie de l’enquête » (Théo-Mario Coppola).

Karine Hoffman, Inhabithed for a survey, 2021, huile sur toile, 41 x 33 cm
Karine Hoffman, Widzisz we mnie…na zawsze, 2015, huile sur toile, 130 x 195 cm