Art et politique : Jeannette Gregori (1967- )

Note de Claude Picart – La récente mort tragique de René Robert, photographe méconnu en dehors des aficionados du flamenco, me conforte dans la décision de présenter, dans cette chronique hebdomadaire et le plus régulièrement possible, des photographes préoccupés de l’état du monde et des humains qui le composent.


Aujourd’hui, Jeannette Gregori, tenante d’une photographie humaniste. Jeannette est née le 4 août 1967 à Thionville. Elle réside à Strasbourg.

Entre 1993 et 1994, elle suit des cours de photographie aux Beaux-Arts de l’Université d’Indiana (États-Unis), puis des cours d’expression photographique à l’École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg.

Jeannette Gregori s’intéresse aux communautés tsiganes dès 2008. C’est après la rencontre avec un groupe de Manouches évangéliques installés le long d’une route départementale en Alsace et la série d’expulsions qui allait commencer sur notre territoire national en 2010 qu’elle ressent la nécessité de montrer une nouvelle image des communautés roms, au travers de scènes d’humanité authentique. Elle les photographiera partout en Europe.

« Très tôt, ma promesse fut faite à un pasteur évangélique que mon appareil-photo ne servirait ni à dégrader leur image ni à biaiser l’information sur leurs conditions de vie. C’est en tenant cette promesse que j’ai pu me faire accepter sur les terrains d’Alsace, de Paris, du sud de la France et que mon œuvre photographique s’est construite. Les enfants se sont laissé photographier avec plaisir comme s’il s’agissait d’une activité récréative tout en exprimant le besoin crucial de faire accepter l’image de leur communauté.

Mon regard s’est fait témoin de la beauté de leur sourire, la profondeur de leur regard, l’amour dont les enveloppent leurs parents. Le proverbe rom “Nane chavem nane bacht” (pas de bonheur sans enfant) en dit long sur la considération des parents pour leur progéniture. Avec ces portraits de jeunes Tsiganes, il était impérieux de défendre toutes les valeurs de la communauté : le respect des anciens, les notions de solidarité et de partage, les croyances religieuses issues de divers courants et l’élément constitutif de la personnalité des itinérants et semi-sédentaires : être voyageur.

L’une des principales séries de photographies présentées, “Manouches des caravanes aux pavillons” a été réalisée en 2016 dans le quartier manouche du Polygone à Strasbourg, où résidaient 170 familles, six mois avant que leurs maisons ne soient détruites. À la suite d’un arrêt d’insalubrité, la Ville a procédé à un plan de relogement du terrain où les familles étaient installées depuis 50 ans. Revenir sur le terrain, sept années plus tard, avant la destruction de la quatrième et dernière tranche, pour y retrouver les mêmes enfants devenus de jeunes adolescents et toutes ces familles, qui étaient parmi les premières à avoir fouler le sol du Polygone, m’a permis de partager avec eux des émotions intenses et de recueillir leurs réactions sur le vif… Au lieu d’une destruction, les habitants auraient souhaité un assainissement du quartier, avec une plus grande prise en considération de leur attachement à leurs habitats, leurs souvenirs et leur mode de vie. »

Jeannette Gregori, sur les chemins de vie des Tsiganes