Macrongate : une dislocation de l’État en direct

C’est quoi un État ? C’est l’alliance d’une administration et d’un système politique. Quand l’administration rompt avec le système politique, il n’y a plus d’État.

Et c’est précisément ce qui s’est passé hier devant la commission d’enquête parlementaire à propos de l’affaire Benalla. Deux hauts fonctionnaires de l’État, témoignant qui plus est sous serment, ont clairement et officiellement rompu avec le pouvoir politique en place :

  • Michel Delpuech, préfet de police de Paris, à propos du fonctionnement actuel de l’Élysée :

« Des dérives inacceptables sur fond de copinage malsain »

  • Alain Gibelin [photo], directeur de l’ordre public et de la circulation à la préfecture de police de Paris, étrillant la version de l’Élysée sur le cas Benalla en déclarant qu’il n’avait jamais été mis au courant de quelconques sansctions prises contre Alexandre Benalla, et que celui-ci assistait bien aux réunions pendant sa période de pseudo-mis à pied entre le 2 et le 18 mai 2018.

Ce mardi après-midi, un autre haut fonctionnaire de l’administration d’État, Patrick Strzoda, directeur de cabinet de l’Élysée, témoignera à son tour sous serment devant la commission d’enquête parlementaire. Livré à lui-même, abandonné en première ligne par un président muet comme une tombe, chargé par le ministre de l’intérieur Collomb lors de son audition pitoyable de lundi, ses déclarations seront elles aussi capitales.

Mais le mal est déjà fait. L’administration a bel et bien rompu son alliance avec le système politique laborieusement mis en place par l’oligarchie et les lobbies financiers lors des présidentielles de 2017. À peine plus d’un an plus tard, l’État français est en train de se disloquer sous nos yeux.


DERNIÈRE MINUTE : Alain Gibelin aurait envoyé ce mardi matin à la présidente LREM de la Commission des lois une lettre démentant ses propos de la veille, affirmant avoir mal compris la question qui lui était posée et surtout les dates citées par son interrogatrice, Marine Le Pen. Mais trop tard, il suffit de revoir la vidéo pour constater que Marine Le Pen prononce trois fois la question dans un silence total, qu’elle précise clairement à chaque fois les dates de la période concernée (« entre le 2 et le 18 mai ») et qu’Alain Gibelin, alors sous serment, répond nettement « oui » à trois reprises.

A propos de Pierrick Tillet 3821 Articles
Un voyageur à domicile en quête d'une nouvelle civilisation.