Macrongate : quand mes voisins de cale finissent par parler politique

Macrongate : quand mes voisins de cale finissent par parler politique

Tous les matins, je retrouve mes voisins sur la cale toute proche. On discute de tout, sauf des sujets qui fâchent, la politique par exemple. Mais ce matin…

L’accord est tacite : les discussions doivent se dérouler sur un terrain d’entente. Et la politique n’en fait pas partie. La politique, c’est le sujet merdeux par excellence, celui qu’on aborde en fin de banquet un peu trop arrosé, celui sur lequel personne ne tombe évidemment jamais d’accord, où personne n’est jamais convaincu par personne, et qui finit par brouiller tout le monde avec chacun.

Sur la cale, avec mes potes, le matin, personne n’a bu et tout le monde évite soigneusement les sujets à baston. Je sais bien que ceux qui rigolent avec moi ne votent pas forcément comme moi, et que si je connaissais leur vote, j’en serais probablement agacé. Et vice-versa. Alors on reste dans les limites de notre terrain d’entente : les beautés de notre horizon marin, nos pêches miraculeuses, les petits plats ou les petits vins sympas dont nous nous sommes délectés, les jolies fesses des filles qui passent…

Tout le monde est tombé d’accord sur le fait que les limites du supportable avaient été dépassées

J’ai lu autrefois le verbatim d’un discours de Pierre Bourdieu adressé à un parterre d’étudiants japonais. Quand je rencontre des gens d’un milieu différent du mien, disait ce sociologue en substance, je ne parle pas de ce qui nous différencie, source de conflit, mais de ce qui nous rapproche et nous est commun, source de convivialité. Voilà pourquoi, avec mes potes de cale, on ne parle jamais politique (ni de Pierre Bourdieu non plus, d’ailleurs).

Mais ce matin, manifestement excédé, l’un d’entre eux s’est lâché. Sur l’affaire Benalla et sur ce qu’il faut bien appeler maintenant le Macrongate. Les autres voisins (certains d’entre eux ont sans doute voté Macron aux deux tours de la dernière présidentielle) ont embrayé et le ton est vite monté. Mais il n’y eut ni embrouille, ni fâcherie. Tout le monde est tombé d’accord sur le fait que les limites du supportable avaient été dépassées.

J’ai compris alors que si on en était arrivé au point critique de tomber d’accord entre voisins sur un sujet aussi épineux, c’est que l’avenir immédiat du trou du cul élyséen et de sa bande était fort mal engagé.

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.