Affaire Benalla : durcissement d’un régime fort ou décomposition d’un pouvoir faible ?

Après l’affaire Benalla, nombre de commentaires s’émeuvent du durcissement d’un régime autoritaire, crient au scandale d’État, réclament des suites judiciaires. Et si au contraire, il ne s’agissait que d’une farce grotesque commise par des tocards en fin de course ?

Est-ce vraiment un signe d’autorité et de force, pour un pouvoir, que d’envoyer ses plus proches collaborateurs se faire connement poisser à jouer aux flics méchants dans une manif aussi convenue que celle d’un 1er mai ? Comme si deux ou trois barbouzes bêtes comme leurs pieds étaient en mesure d’inverser le cours bien descendant de notre histoire nationale.

À le voir pris au piège comme un lapin sur toutes ces vidéos, toutes ces photos défilant en boucle sur les réseaux sociaux, ce pauvre Benalla, avec sa capuche de « racaille », son brassard de policier et son casque de CRS trop petit pour lui, a tout du cocu de vaudeville.

Olibrius, le Macron de l’empire d’avant.

Et son maître Macron, contraint de raser les murs, tout juste capable de lâcher une pauvre banalité sur la « République  inaltérable » tient de l’olibrius (NB : nom d’un des derniers et éphémères empereurs romains avant le la chute) pris la main dans le pot d’une très mauvaise confiture.

Qu’il y ait scandale d’État et nécessité de poursuites judiciaires contre Benalla et Crase, l’autre perdreau de l’affaire,  est indéniable. Que le Macron et le Collomb doivent s’expliquer sur ces bavures extra-policières, l’est tout autant. Mais plus que d’une manifestation autoritaire d’un régime fort, c’est plutôt au réflexe autoritariste imbécile d’un pouvoir affaibli auquel nous assistons, un brin médusés et pour tout dire un peu rigolards.

Macron président, c’est déjà un peu comme si Benalla était aujourd’hui ministre de l’intérieur

Prenons un peu de hauteur pour procéder à une petite mise en perspective : Macron n’est en fin de compte rien d’autre qu’un falot second couteau sorti de son ombre par une oligarchie et des banquiers aux abois pour remplacer au pied levé un personnel politique totalement discrédité (les Fillon, Hollande, Juppé, Sarkozy…). Le coup marche et le trou du cul se prend à se rêver monarque.

Mais à voir les boulettes et les ratages (la récup’ foirée de la Coupe du monde de foot) accumulés en un an, on sent bien que l’affaire ne tourne pas aussi rond que l’oligarchie et les banquiers le voudraient. Après cette dernière boulette, Macron président, c’est déjà un peu comme si Benalla était aujourd’hui propulsé ministre de l’intérieur pour remplacer un Collomb sénescent.

Il est des farces comiques, me direz-vous, qui sont aussi désolantes que des tragédies. Oui, mais à tout prendre, mieux vaut assister à l’effondrement d’un pouvoir de brêles en pissant de rire qu’en pleurant sous le joug d’un régime de brutes épaisses.

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