Thomas Piketty pour « un revenu universel crédible et audacieux », Paul Ariès et Paul Jorion favorables à la gratuité des services publics

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ILLUSTRATION
 

On y vient ! Dans une tribune parue dans Le Monde du 24 janvier 2017 en rubrique « Idées », Thomas Piketty et plusieurs autres économistes y défendent — enfin — le principe d’ << un revenu universel crédible et audacieux >>.

Constatant que toutes les tentatives fiscales et budgétaires de redistribution des revenus ou de relance de l’emploi ont échoué, les auteurs admettent — enfin — l’urgence d’un garde-fou social :

<< Correctement conçu et précisé, le revenu universel d’existence peut constituer un élément structurant de la refondation de notre modèle social. >>

Originalité  — mais c’est le principe que je défendais déjà en 2009 dans mon petit programme de gouvernement publié simultanément sur mon blog et sur Rue89 — le revenu universel selon Piketty et ses co-signataires ne serait évidemment pas un montant versé à tous sans conditions, mais une somme minimum garantie selon les conditions de ressources de chacun.

Tout progrès social passe par le contrôle des marchés

Outre son coût, un faux problème pour Piketty, une des critiques les plus étonnantes faite au principe du revenu d’existence (ou universel, appelez-le comme vous voulez), est que celui-ci serait forcément « digéré » par les marchés. Comme si les marchés, par nature asociaux, ne s’attaquaient pas systématiquement à TOUTES les mesures sociales ! Tout progrès social n’est possible que si vous contrôlez, que dis-je, muselez les marchés.

Le principe d’un service public qui se respecte est de garantir l’accès des citoyens aux biens et services indispensables à leur existence de tous les jours contre les attaques des marchés privés. L’alimentation, le logement, le transport, la connectivité me paraissent procéder de ces produits vitaux.

Entendre des gens de gauche dénoncer une mesure sociale comme le revenu d’existence au prétexte qu’il serait rapidement la proie des marchés, me paraît le comble de la soumission à ces marchés.

Revenu d’existence ou gratuité des services publics ?

Mais les choses bougent. En marge de la conversion de Piketty et de quelques autres sur le revenu d’existence, d’autres encore — Paul Jorion, Paul Ariès — en appellent à la gratuité des services publics et des produits de première nécessité vitale. Pourquoi pas ?

On ne discutera pas ici des chemins à emprunter pour que l’économie soit enfin mise au service (public) de tous les citoyens. On constatera juste que le souci de garantir à chacun un minimum vital décent revient au centre des préoccupations et qu’un intéressant débat est ouvert qui pourrait très vite ringardiser certain programme peut-être moins « insoumis » qu’il n’y paraît.

Sur ce point, Thomas Piketty et les autres auteurs de la tribune du Monde ont tôt fait de remettre à leur place les esprits sclérosés de gauche en citant des exemples extérieurs comme celui du Danemark :

<< Au lieu de dénigrer a priori cette question d’avenir, les conservateurs de gauche comme de droite seraient bien inspirés de regarder ce qui se passe ailleurs. >>

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