Revenu d’existence : la sclérose des esprits de gauche et des désillusions qu’elle promet

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La polémique qui fait rage à gauche sur le revenu d’existence (confondu à tort avec sa perversion capitaliste, le revenu de base, nouvelle appellation des minima sociaux) illustre la difficulté qu’ont des esprits formatés à passer d’un vieux monde dépassé fondé sur la croissance et le mythe du plein-emploi, vers un monde d’après consacré à la gestion et à la répartition des richesses et du temps de loisir..

Mais d’abord qu’est-ce qu’un véritable revenu d’existence ?

Le revenu d’existence est le revenu qui garantit à chaque citoyen adulte et à sa famille le minimum nécessaire pour son existence au quotidien : alimentation, habillement, logement…

Autant dire que le revenu de base à 750 misérables euros préconisé par Benoît Hamon tient à ce niveau de l’escroquerie politicienne. Mais que penser alors du refus de Jean-Luc Mélenchon d’inscrire le moindre revenu d’existence à son programme ?.

Il y a déjà bien longtemps, le professeur Henri Laborit, chirurgien, biologiste, spécialiste du système nerveux, philosophe du comportement humaindécrivait ainsi la rigidité de l’esprit qui paralyse les humains :

<< Ce qu’on appelle la personnalité d’un homme, d’un individu, se bâtit sur un bric-à-brac de jugements de valeur, de préjugés, de lieux communs qu’il traîne et qui, à mesure que son âge avance, deviennent de plus en plus rigides. Et qui sont de moins en moins remis en question. >>

Une sclérose mentale héritée du monde d’avant

Nous en sommes là aujourd’hui : le refus d’un revenu d’existence décent procède de cette sclérose mentale héritée du monde d’avant, celui de la croissance et du plein emploi comme seuls et uniques objectifs, comme intangibles valeurs. Nos intellectuels vertueux, prompts à dénoncer ce qu’ils considèrent comme une hérésie, en reviennent toujours à ces deux fondamentaux has-been pour justifier leur point de vue.

La croissance balbutie depuis des années et menacerait un peu plus, si d’aventure elle revenait, nos propres conditions de vie. Le plein-emploi a disparu depuis bientôt quarante ans, rendu totalement obsolète par les progrès technologiques et les incroyables gains de productivité qui en ont résulté. Non, le travail n’est plus, et de loin, le seul producteur de « valeur ajoutée ».

Et ce n’est ni « l’économie de la mer », ni « la planification écologique », ni même la réduction drastique du temps de travail qui permettront le retour miraculeux du plein-emploi, ni de partager le volume de travail utile encore disponible pour relancer une vieille machine économique hoquetante.

Pire, une telle obstination rétrograde est proprement meurtrière : que vont devenir, en attendant l’improbable Godot de la reprise, les exclus et les précaires de plus en plus nombreux d’un monde du travail déliquescent ?

Menaces sur les vaches ?

Que n’entend-on comme bêtise sur l’instauration d’un revenu d’existence ? Il serait un instrument diabolique ourdi par le néolibéralisme pour sacrifier les derniers avantages sociaux acquis, pour pulvériser les dernières reliques du code du travail, que dis-je, pour préparer la suppression définitive de la Sécurité sociale. 

On se croirait revenu à l’aube du chemin de fer, quand les tenants des bonnes vieilles diligences clamaient que les locomotives infernales allaient massacrer dans leurs prés les pauvres vaches qui les regardaient passer.

Passons sur l’excuse du manque de moyens financiers pour promouvoir une telle mesure inévitable à terme. La solution tient à une politique monétaire véritablement souveraine. (On remarquera que pendant ce temps, la Banque centrale européenne est capable de sortir chaque mois 80 milliards d’euros pour sauver des banques en détresse. Et que le gouvernement français a pu refiler sans problème 43 milliards aux entreprises au titre du CICE).

Mais bast, pas la peine d’essayer de lutter. Il est manifestement trop tôt. Au moment où il nous faudrait explorer de nouvelles pistes de réflexion et de comportement, la rigidité des esprits est encore bien trop enracinée dans des logiques rancies pour que la raison revienne. Aucun des candidats à la prochaine présidentielle, pas plus Mélenchon que les autres, ne me paraît hélas avoir encore les clés libératrices du monde d’après.

=> LIre aussi : Programme du Yéti 2017 : 3. Un revenu d’existence évolutif pour tous

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