Les nouveaux Justes : un chauffeur de car de Menton refuse d’obéir à une réquisition préfectorale d’expulsion

Réfugiés expulsés en autocar le 2 octobre 2015 - photo: AFP

L’affaire est révélée par le Groupe d’information et de soutien des immigrés (Gisti), relayée par l’Obs : le 5 septembre, malgré une réquisition préfectorale, un chauffeur de car a refusé de reconduire en Italie 200 migrants qui étaient parvenus à s’introduire en France.

Il va falloir bien du courage pour faire face aux vents mauvais qui soufflent de plus en plus fort sur notre pays : en refusant l’injonction préfectorale et en lui préférant la désobéissance civile, le résistant de Menton a montré le courage des Justes qui en d’autres temps tentèrent de sauver les Juifs d’un voyage en enfer.

La déclaration du chauffeur de car à l’Obs :

<< La décision de la préfecture s’est faite verbalement à la suite de l’arrivée fortuite de quelque 200 migrants venus d’Italie. Leur tentative n’a pas été fructueuse. J’ai réussi à retarder l’échéance en évoquant des procédures réglementaires jusqu’à ce qu’ils demandent à un autre chauffeur de le faire. >>

Pour son acte, l’homme ne subit pas seulement les foudres des autorités, il est menacé directement par la direction de son entreprise, CarPostal Riviera, qui fait valoir :

<< Bien que la conscience personnelle puisse être mise en porte-à-faux à l’idée d’exécuter de tels ordres, le personnel ne peut décider de son propre chef de ne pas exécuter certaines tâches, et n’a pas autorité pour remettre en question les décisions du préfet qu’il est tenu de respecter. >>

L’objection de conscience et la désobéissance civile avant qu’il ne soit trop tard

Cette réplique, tout comme les arguties juridiques et les menaces avancées par la Préfecture des Alpes-Maritimes (le conducteur courageux risque six ans d’emprisonnement en sus d’une forte amende), pose la question du cas de conscience des citoyens face aux dérives manifestes d’un pouvoir en plein naufrage.

Mais que valent encore les arguties juridiques et les menaces face à la conscience individuelle de chacun ? Allons-nous supporter les exactions des petits Papon qui s’ignorent, allons-nous attendre le dénouement de la tragédie et d’avoir tondu quelques femmes en guise d’expiatoire, pour rétablir, mais trop tard, une justice élémentaire ?

La résistance légitime commence par l’objection de conscience et la désobéissance civile, mais aussi par une solidarité et un soutien sans faille à tous ceux qui se retrouvent au front, comme ce valeureux conducteur d’autocar.

<< Nous ne voulons pas assurer le transport de passagers dont leurs destinations finales restent douteuses : reconduction dans des pays où leurs vies sont en danger, internement dans des camps où l’insalubrité est de mise et la croix rouge impuissante >> (Antoine Carbot, responsable de la section syndicale CNT-SO à l’entreprise CarPostal Riviéra).

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