La relance industrielle de Theresa May : émancipation souveraine ou retour au monde d’avant ?

Theresa May

En décidant « à la surprise générale » d’une vigoureuse politique de relance industrielle, Theresa May, Première ministre britannique post-Brexit, vient de prendre à contre-pied toute les politiques d’austérité budgétaire prônées par l’Union européenne.

 Mais une nouvelle révolution industrielle est-elle vraiment appropriée dans le contexte de la COP21 et des mesures urgentes à prendre pour sauver le climat et la pérennité de l’espèce humaine ?

Comme le note très bien Jacques Sapir, l’événement est d’importance considérable, << logique et pourtant quasiment révolutionnaire dans le contexte de son pays >>. Cette politique de relance, qui s’appuie sur la faiblesse de la monnaie britannique après le référendum de juin, va à l’encontre des sombres prédictions, pour ne pas dire menaces, émises par les partisans hystériques du « remain » (dans l’UE).

La décision de Theresa May s’inscrit incontestablement dans une volonté de restaurer une souveraineté perdue dans les méandres mous d’une mondialisation technocratique cul-de-sac.

On notera également, et ce n’est pas la moindre des surprises concernant une dirigeante conservatrice, la volonté clairement exprimée par Theresa May de lutter contre une << brûlante injustice >> sociale :

<< Cela signifie lutter contre l’injustice brûlante qui fait que si vous êtes né pauvre, vous allez mourir, en moyenne, neuf ans plus tôt que les autres. >>

Inventer un nouveau modèle économique

Qu’elle soit de droite ou de gauche, l’important est d’abord qu’une porte soit ouverte, conclut Jacques Sapir, en regrettant que Jeremy Corbyn et le parti travailliste britannique aient sur ce point raté le coche.

Pourtant, qu’elles soient de droite ou de gauche — on pense là à << l’économie de la mer >> prônée par Jean-Luc Mélenchon –, ces politiques de relance économique s’appuient obstinément sur les mêmes vieux paradigmes : la croissance, la compétitivité, accessoirement le plein-emploi. Nous persistons à n’envisager nos politiques économiques qu’en terme de rapport de force avec nos voisins :

<< Avec 11 millions de km2 de surface maritime, la France est le deuxième géant maritime mondial, presque à égalité avec les États-Unis. En additionnant ses territoires maritime et terrestre, la France est le 6e plus grand pays de la planète, devant la Chine et l’Inde >> (Jean-Luc Mélenchon).

La question qui se pose aujourd’hui va bien au-delà d’une compétition internationale aussi dévastatrice que puérile. À droite comme à gauche, elle est de savoir si nous avons réellement besoin d’une nouvelle révolution industrielle à l’ancienne. Le monde a-t-il vraiment besoin aujourd’hui d’un surcroît de production industrielle, même sous un label écologique vite sacrifié sur l’autel du profit à tout va.

À la croisée de deux mondes, nous ne parvenons pas à nous débarrasser des paradigmes obsolètes du monde finissant. Incapables d’inventer le modèle économique qui régira le monde d’après, nous nous enferrons dans la logique destructrice d’un vieux système failli. Quand le produire mieux devrait s’imposer, le produire plus — et si possible plus que les autres — continue à faire ses ravages.

On peut apprécier la quête de la souveraineté entamée par Theresa May (ou Jean-Luc Mélenchon). Mais les modalités de celle-ci restent encore à préciser.

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