Du rififi chez les poulets : le pataquès de Nice

Sandra Bertin

Lorsqu’un monde s’écroule, vous vous apercevez de la gravité du désastre lorsqu’il commence à contaminer vos propres proches. C’est le cas pour l’affaire de Nice, avec ses prolongations nauséabondes.

Résumons-nous :

  • en plein état d’urgence, un dingue s’empare d’un camion et dézingue des dizaines de personnes le jour de la Fête nationale, un 14 juillet 2016 à Nice ;
  • les garants de l’ordre public, d’où qu’ils viennent, et ceux qui les dirigent, d’où qu’ils soient, sont complètement à la ramasse ;
  • aussitôt la polémique enfle, les accusations pleuvent, chacun se renvoyant la balle merdeuse des responsabilités ;
  • à Nice, une policière municipale, Sandra Bertin, chargée de la surveillance vidéo de la ville, accuse des cadres policiers se réclamant du ministère de l’Intérieur, d’exercer des pressions sur elle pour qu’elle confirme la présence de forces de police nationale sur le lieu du drame — ce à quoi elle se refuse au prétexte qu’elle ne voit aucunes forces de la police nationale sur ses vidéos ;
  • apoplexie du ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, qui s’empresse d’allumer des contre-feux indignés, soutenus par son Premier ministre, Manuel Valls, hurlant à la manipulation politicienne…

Le rire post-mortem du martyr

L’affaire dégénère salement sur les réseaux sociaux, où les imprudents, des gens a priori souvent assez proches de vous, reprennent sans nuance les éléments de langage vénéneux distillés par un pouvoir sur le qui-vive et ses vassaux médiatiques.

En vérité, les aspirations politiques supposées « de droite » de Sandra Bertin ne disqualifient nullement ses accusations et les preuves dont elle prétend disposer. Pas plus d’ailleurs que la défense de Bernard Cazeneuve n’est discréditée par sa proximité avec le régime,  dit « de gauche », de François Hollande.

Les faits, rien que les faits :

  • aujourd’hui, Sandra Bertin a déposé officiellement, nous dit-on, ses éléments d’accusation auprès de la justice ;
  • et l’on guette confirmation que Bernard Cazeneuve ait procédé de même pour concrétiser sa plainte promise en diffamation ;
  • le ministère de l’Intérieur dispose des bandes-vidéos niçoises et il lui suffirait de publier les passages attestant de la présence de la police nationale sur la Promenade des Anglais au moment du drame.

En vrai, il suffirait juste à chacun d’entre nous de patienter un tout petit peu pour juger sur pièces.

Mais non, l’emballement émotionnel est à son comble. Nous sommes tombés au-delà de ces considérations purement techniques. Ce qui ressort de ce lamentable pataquès, c’est que la cohésion nationale au sein des garants de l’ordre public du vieux monde vient de voler un peu plus en éclat.

Mohamed Lahouaiej Bouhlel, le conducteur fou du camion fou, peut rigoler en paix dans son paradis post-mortem aux 72 vierges : mission accomplie au-delà de toutes ses espérances.

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Un voyageur à domicile en quête d'une nouvelle civilisation.