Un CRS donne son point de vue : « Nous sommes sur les rotules… employés à tort et à travers… »

ILLUSTRATION
 

Il signe ses messages Facebook Maxime Messager. Il est CRS. Il répond à une vidéo que j’ai relayée et où l’on voit une femme brutalement repoussée par un de ses collègues.

Tout d’abord, pour que chacun sache bien de quoi il retourne, voici la vidéo en question :

Et maintenant le témoignage de Maxime Messager :

Je suis moi-même CRS et c’est trop facile de nous descendre comme ça… Lors des « après attentats », tout le monde nous accueillait à bras ouverts et maintenant pour la loi Travail, tout le monde nous crache à la gueule…

Les médias sont futés. Ils montrent toujours la version courte, là où on voit juste le collègue qui porte un geste regrettable, mais jamais l’avant ou le pendant…

C’est comme pour la voiture de police incendiée l’autre jour. Si le collègue était sorti et avait fait usage de son arme, tout le monde aurait crié à la bavure policière, mais personne n’aurait trouvé honteux que les types aient balancé des engins explosifs qui ont failli les tuer…

Nous sommes le tampon du gouvernement… Je suis CRS et je ne cautionne pas du tout ce que fait le gouvernement… On est pas du tout formés pour matraquer comme vous le dites, mais plutôt pour subir sans broncher… Il n’y a qu’à voir les vidéos sur les manifs… Mais c’est marrant, les médias montrent toujours lorsqu’un collègue a un geste malheureux,  jamais le « avant »… On reste humain avant tout je vous le rappelle…

Ma réponse :

Tout d’abord, merci de participer à ce fil de discussion, pas facile pour vous, je le reconnais. Je reçois bien vos objections. Mais concernant la vidéo présentée ici, j’aimerais vous répondre ceci :

  1. je ne sais pas ce qui s’est passé « avant » cette scène, mais à ce qu’on voit sur la vidéo, la dame n’est « armée » que d’un pull, est habillée d’une jupe (ce qui prouve, à moins qu’elle soit folle, la non-préméditation de commettre une action violente) ;
  2. son seul « crime » pourrait être un acte insultant ; est-ce une raison pour justifier une réplique aussi brutale de la part de CRS professionnels, censés maintenir l’ordre ?
  3. je conçois que vous soyez sous pression : effectifs insuffisants, horaires exténuants, pression d’ordres hiérarchiques que vous ne semblez pas approuver (<< nous sommes le tampon du gouvernement >>) ; mais comprenez qu’en face, les décisions (loi Travail) de ce même gouvernement puissent exacerber la colère des manifestants ;
  4. nous disposons de dizaines d’exemples concernant les « gestes malheureux » commis par vos collègues sur des manifestants pourtant non violents, souvent bras levés et assis ;
  5. comprenez-vous qu’à un moment donné, les manifestants excédés puissent vouloir s’en prendre au « tampon » dressé entre eux et ceux qui vous donnent des ordres insupportables, et promulguent des lois dont la population ne veut pas ?

La réponse de Maxime Messager (je la laisse volontairement sans commentaire de ma part ; à chaque lecteur de se faire son opinion en conscience) :

Oui, je sais tout ça.  Je vois bien qu’elle [la dame de la vidéo, ndlr] n’est pas agressive. Je ne cautionne pas non plus le geste du collègue, mais je le comprends…

Nous sommes humains avant tout… Il a eu sans doute une journée de merde + fatigue + problème perso ou je ne sais quoi… etc… Nous sommes souvent loin de nos familles pour des déplacements allant entre quinze jours et trois semaines avec seulement entre quatre et six jours de repos entre chaque déplacement… Nous sommes sur les rotules… Employés à tort et à travers…

Mais ça, notre gouvernement s’en fout… Par exemple, hier et aujourd’hui, on a été employés sur Verdun. Levés samedi à 2h30 du matin pour finir à 18 h. Et idem aujourd’hui : levés à 3h00 pour finir à 18h00… On a dormi à peine huit heures en deux jours et c’est souvent le cas…

Bref, ce métier, je l’ai choisi pour servir mon pays, car c’est la devise des CRS. Et contrairement aux « on dit », nous ne sommes pas formés pour attaquer, mais pour protéger et défendre…

Encore une fois, je ne cautionne pas les gestes malheureux de mes collègues. Mais mettez-vous à notre place.  On nous agresse, on se défend…

Et de surcroît, nous avons des ordres de notre hiérarchie. Nous n’agissons que sur ordre… Mais il arrive que des collègues craquent…

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Un voyageur à domicile en quête d'une nouvelle civilisation.