#1erMaiDebout : inutile d’insister, je ne condamnerai pas la violence

ILLUSTRATION

Les événements se sont précipités en ce 1er mai 2016. Le régime aux abois a fait donner, à Paris surtout, les forces de son ordre contesté pour tenter d’enrayer une dangereuse spirale subversive entamée par le mouvement #NuitDebout.

Sur les médias mainstream, les suppôts du régime, de plus en plus fébriles, intimaient aux contestataires déclarés de condamner explicitement la violence :

Certains obtempéraient de bonne grâce, avant même d’être sollicités :

Et ce 1er mai 2016 fut à la hauteur de ce qu’on craignait qu’il fût : une radicalisation brutale des positions entre les tenants du monde d’avant finissant et ceux d’un monde d’après encore en gestation.

Pour tout vous dire, je me fiche de savoir qui a commencé ou non, qui est responsable ou innocent, qui provoqua ou fut en état de légitime défense.

Un pouvoir pété de trouille

La radicalisation manifeste des positions qui s’est exprimée ce dimanche 1er mai 2016 est dans l’ordre logique de la grande mutation en train de s’accomplir.

  • Je ne condamnerai pas les forces de l’ordre qui firent ce pour quoi elles existent : défendre l’ordre finissant du vieux monde ; la violence presque désespérée qu’elles déployèrent, elles qui à chaque grand moment de l’Histoire se retrouvèrent systématiquement du mauvais côté du manche, témoigne au contraire de l’impact de plus en plus décisif des émeutiers de #NuitDebout ;
  • les provocs archi-téléphonées des flics en civils ne me gênent pas non plus outre mesure tant elles entrent dans la logique de tout système déliquescent quand il se sent menacé ;
  • je ne condamnerai pas non plus la violence employée en retour par certains manifestants du mouvement #NuitDebout : elle me paraît relever de cette réaction naturelle qui fait que la violence appelle la violence, ne serait-ce que par la plus élémentaire légitime défense.

Les événements de ce premier mai 2016 ont au moins eu l’immense mérite de décanter la problématique de l’ordre des choses : l’affrontement entre le vieux monde et le monde d’après est désormais ouvert. S’en émouvoir relève de la naïveté et de la perte d’énergie. Ce qui ressort de ces derniers événements dramatiques, c’est que les « élites »  qui nous gouvernent sont de plus en plus pétées de trouille. Mais qui s’en plaindrait ?

En ce 1er mai 2016, la violence n’a pas été l’apanage des manifestations françaises. Elle a éclaté également en Allemagne, à Istanbul en Turquie, à Seattle dans l’État de Washington USA… Signe de la radicalisation accélérée d’une situation systémique mondiale délétère. Mais non, même sous l’insistance des éditorialistes du monde d’avant, je me refuse autant à condamner la violence qu’à la légitimer.

<<  Je ne dirai donc point qu’il faut supprimer toute violence, ce qui serait souhaitable, mais utopique, en effet. Je dis seulement qu’il faut refuser toute légitimation de la violence, que cette légitimation lui vienne d’une raison d’État absolue ou d’une philosophie totalitaire. La violence est à la fois inévitable et injustifiable. Je crois qu’il faut lui garder son caractère exceptionnel et la resserrer dans les limites qu’on peut >> (Albert Camus, lettre à Emmanuel d’Astier de la Vigerie, 1948).

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Un voyageur à domicile en quête d'une nouvelle civilisation.