#NuitDebout : ce qui se joue ce 1er mai

ILLUSTRATION

C’est une épreuve de force à trois bandes qui se joue ce 1er mai. Elle oppose les manifestants à un pouvoir politique totalement discrédité, mais aussi les manifestants institutionnels organisés autour des syndicats à la foule hétéroclite des anonymes rassemblés sous l’étendard tout neuf de #NuitDebout.

La nette séparation entre ces deux groupes bien distincts de manifestants, avait déjà été notée le 28 avril par le vidéaste Sami Battikh lors de la manifestation de Paris (son témoignage) :

<< En effet, le contraste était saisissant face au cortège syndical, clairement dégarni et visible uniquement grâce aux innombrables ballons publicitaires, camions, sonos et autres folklores syndicalistes.

Cinquante mètres plus loin, quelques milliers de personnes constituent un autre cortège, sans banderoles de partis ou de syndicats. Des jeunes présents dans les manifs étudiantes et lycéennes, des membres de Nuit Debout, des intermittents, des autonomes, des anarchistes… >>

Et l’émergence de cette force contestatrice non contrôlée, qui marchait aux côtés des fameux « casseurs » plutôt que de s’en écarter, est bien loin de plaire aux syndicats. Pas plus d’ailleurs qu’au gouvernement, comme le note avec justesse Sami Battikh.

Un rapport de force déterminant

Les noctambules de #NuitDebout font ouvertement le vœu de profiter de ce 1er mai pour établir une jonction avec les syndicats. De son côté, Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, fit une incursion place de la République au soir du 28 avril. Le moins qu’on puisse dire est que ses propos demeurèrent aussi sibyllins que très prudents.

En réalité ce qui se joue ce 1er mai — ou plutôt À PARTIR de ce 1er Mai — c’est le point d’équilibre dans le rapport de force syndicats/#NuitDebout :

  • ou bien le mouvement #NuitDebout est suffisamment fort pour contraindre les organisations syndicales à lui emboîter le pas, et le pouvoir politique — troisième larron de l’histoire — a du souci à se faire ;
  • ou bien les organisations syndicales parviennent à récupérer, à digérer le mouvement #NuitDebout, et le gouvernement pourra se frotter les mains ; car aucun changement, et à plus forte raison aucune révolution, ne naquirent jamais d’organisations institutionnellement insérées dans le monde qu’il s’agissait de remplacer.

 

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Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation.