Selon Dennis Meadows, il y a des limites à la croissance

Un samedi matin, café tartines, le soleil qui se hasarde dans la cuisine, et puis soudain, paf, vous tombez sur cette superbe interview dans Les-Crises.fr d’un certain Dennis Meadows. Vous connaissez Dennis Meadows ? Écoutez-le, le genre de type à vous éclaircir vos journées…

Dennis Meadows fut un des auteurs en 1972 d’un célèbre rapport au titre prémonitoire : “Les limites à la croissance”. Une problématique tout ce qu’il y a d’humain : la croissance infinie est impossible ; alors, chers humains, ou bien vous vous calmez, ou bien des forces qui vous dépassent vont se charger de le faire à votre place. Et il risque de vous en cuire.

Le brûlot réactualisée en 2004 vient de paraître en édition française (“Les limites de la croissance”, édition Rue de l’échiquier, 25,36 €). Dennis Meadows, de passage à Paris, juin 2012 :

 » À l’époque, on disait qu’on avait encore devant nous quarante ans de croissance globale. C’est ce que montrait notre scénario. Nous disions aussi que si nous ne changions rien, le système allait s’effondrer. »

De la croissance quantitative à la croissance qualitative

Quarante ans plus tard, le système s’effondre. Logique simple, mais implacable : un système fondé sur une croissance exponentielle ne peut survivre à l’arrêt de cette croissance.

Pour Dennis Meadows, la dislocation d’empires libéraux comme l’Union européenne, les bouleversements climatiques, les pénuries de ressources naturelles, les manques alimentaires sont plus des symptômes que des problèmes.

« Si vous avez un cancer, vous pouvez avoir mal à la tête ou de la fièvre mais vous ne vous imaginez pas que si vous prenez de l’aspirine pour éliminer la fièvre, le cancer disparaîtra. »

La sortie de cette crise de la “Grande perdition” passe inévitablement, non par la technologie, mais par des « modifications sociales et culturelles ». Il va falloir passer, dit notre empêcheur de croitre en rond, de la croissance quantitative à la croissance qualitative.

« Quand vous avez un enfant, vous vous réjouissez, au départ, qu’il grandisse et se développe physiquement. Mais si à l’âge de 18 ou 20 ans il continuait à grandir, vous vous inquiéteriez et vous le cacheriez. Quand sa croissance physique est terminée, vous voulez en fait de la croissance qualitative. Vous voulez qu’il se développe intellectuellement, culturellement. « 

Addictions suicidaires

Le problème est que nos benêts de responsables politiques ne l’entendent pas de cette oreille. Une question d’addiction, selon Dennis Meadows, non seulement des responsables eux-mêmes, mais aussi des ouailles intoxiquées dont dépend leur pouvoir.

« La plupart des problèmes, nous ne les résolvons pas. Nous n’avons pas résolu le problème des guerres, nous n’avons pas résolu le problème de la démographie. En revanche, le problème se résoudra de lui-même parce que vous ne pouvez pas avoir une croissance physique infinie sur une planète finie. Donc la croissance va s’arrêter. »

Les crises, les catastrophes climatiques, les pénuries alimentaires sont les moyens qu’utilise la nature pour mettre un frein à nos folies. Des armes peut-être pas très éthiques ou morales, mais diablement efficaces.

Dennis Meadows ne cache pas les risques de menace qui pèsent sur nos institutions démocratiques — européennes en particulier – selon ce « principe immuable » qui veut que, lorsqu’ils se sentent en péril, les humains préfèrent souvent l’ordre autoritaire à la liberté.

La résilience est en ce jardin…

Mais il est un moyen presque instinctif, une sorte de réflexe de survie, qui permet de résister à cet effondrement systémique : la « résilience » qui est la capacité à vivre « en surmontant les chocs traumatiques, l’adversité » (Petit Robert).

Dennis Meadows recense six manières d’améliorer notre résilience, et qui dépendent autant de décisions individuelles que collectives :

  • “les tampons” qui permettent de tenir pendant l’orage (les stocks de nourriture, le potager…) ;
  • la quête d’efficacité (les voitures hybrides, le covoiturage) ;
  • les barrières de protection (les digues autour de Fukushima) ;
  • le “réseautage” qui affranchit des satanés “marchés” ;
  • la surveillance pour comprendre ce qui se passe et y faire face ;
  • la redondance qui consiste à prévoir plusieurs portes de sortie au cas où l’une d’entre elles viendrait à se boucher.

Bon, c’est pas tout ça, il faut que je vous laisse. Je file à mon jardin voir où en sont mes radis, mes patates et mes salades…

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.