Le 31 mars (et suivants), rallumons les Lumières

ILLUSTRATION

Le 31 mars, nombreux — espérons-le — sont ceux qui en France vont marcher contre la nouvelle Loi travail. Pourtant, dans la situation de déliquescence où nous nous trouvons aujourd’hui, le problème n’est plus la Loi travail ou toutes les saloperies à l’identique qu’on nous sort en rafales. Mais les prédateurs qui les promulguent.

À voir les Robocops surarmés dont les prédateurs s’entourent, et qu’ils n’hésitent même plus à lâcher sur n’importe quel citoyen un tant soit peu indigné, en France comme ailleurs, on mesure le mur de difficultés à surmonter pour se débarrasser du « problème » en question.

Car c’est bien de cela dont il est aujourd’hui question : d’une VRAIE révolution politique pour mettre fin à une tragédie qui nous fonce dessus à un train d’enfer. Et cette vraie révolution ne PEUT pas passer par le personnel politique en place, ni par les élites faisandées qui leur tiennent lieu de cour. Ceux-là sont LE problème.

La future révolution ne sortira pas des urnes

Oublions la solution démocratique. Aucune révolution, aucune nouvelle civilisation acceptable, aucun progrès de l’humanité ne sortit jamais des urnes ou d’une décision majoritaire. 

D’abord et surtout parce que les prédateurs ne laisseront pas faire. On l’a vu en 2005 après le référendum anti-constitution européenne. On l’a vu en Grèce récemment.

Non seulement, ils font donner leur Robocop, non seulement ils n’hésitent pas à utiliser tous les moyens de pression  — financiers, médiatiques — pour étouffer toutes velléités de subversion, mais ils s’entourent aussi d’un maximum de barbelés réglementaires.

Regardez comment, rien qu’en France, nos chers « parlementaires » viennent de modifier en douce les règles de la prochaine élection présidentielle en supprimant carrément le principe d’égalité du temps de parole et en laissant leur horde médiatique décider de son « équité ».

Un passage inévitable par la case chaos

La situation actuelle n’est pas seulement insupportable, désastreuse, elle est aussi intenable. On voit bien que leur vieux système est en train de se déliter à vitesse grand V, et que plus rien, ni personne (surtout pas eux) n’est en mesure de redresser une situation désespérée.

Un passage par la case chaos est désormais inévitable et chacun doit s’y préparer en toute conscience. Quelle forme prendra ce passage : guerres, explosions sociales, blocage financier systémique, catastrophes climatiques… ? Nul ne saurait le dire. 

Mais il est clair que le monde d’après, comme toutes les révolutions qui précédèrent, dépendra du rapport de force qui s’établira face aux forces négatives et réactionnaires du monde d’avant.

Toutes les manifestations ont leur importance

Dans ce cadre-là, toutes les manifestations de contestation revêtent une importance capitale. À commencer par celle du 31 mars. Non pas dans le seul but de venir à bout de la seule loi El Khomri, finalement plutôt anecdotique — qui respecte encre le vieux Code du travail précédent ? — mais pour participer à l’élaboration du futur rapport de force.

Il faut << préparer le 31 mars >>, avertit Jacques Sapir en prônant pour commencer une nouvelle séparation de l’État et de l’Église (européiste).

<< Nous ne revendiquons rien >>, déclare Frédéric Lordon dans sa dernière chronique, du moins rien à l’intérieur du cadre étouffant fixé par les << desservants >> du système, et qui s’arrête sur sa gauche à un Benoît Hamon ou à un Arnaud Montebourg [rires].

Sinon, << le dernier qui s’en va éteint la Lumière >>, alerte Paul Jorion dans son dernier ouvrage (éditions Fayard) en prédisant rien moins que la fin de l’humanité… si rien ne change.

À moins… À moins que nous les rallumions, ces indispensables Lumières, si vous voyez ce que je veux dire.

<< Vient fatalement un moment où, à force de combats dérisoires pour des miettes, et même en l’occurrence pour simplement résister à la diminution des miettes, l’impensé du cadre revient à la pensée. Non plus comme objet de « revendication » mais comme objet de renversement >> (Frédéric Lordon).

A propos de Pierrick Tillet 3661 Articles
Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation.