Terrorisme : je suis bruxellois mais pas avec n’importe qui

ILLUSTRATION

On peut rire de tout, disait Desproges, mais pas avec tout le monde. Eh bien, pareil pour le deuil ! Après les attentats du 22 mars, je me sens infiniment bruxellois, mais je ne veux pas l’être avec n’importe qui.

Je ne suis pas bruxellois avec ceux qui versent des larmes de crocodiles sur les 34 morts de Belgique, mais ont laissé crever plus de trois cents mômes en cinq mois aux portes de l’Europe.

Je ne suis pas bruxellois avec ceux qui récupèrent sans vergogne les cadavres encore chauds de l’aéroport Bruxelles-National et du quartier Maalbeek pour placer leurs couplets pro-déchéance de nationalité ou pro-UE.

Je ne suis pas bruxellois avec ceux qui ont signé avec la Turquie un « accord » anti-réfugiés si répugnant que même l’ONU se sent obligée de dénoncer cette ignominie via le HCR (Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés).

Je ne suis pas bruxellois avec ceux qui depuis des années ont laissé les choses se détériorer à un tel point dans leurs propres banlieues que des petites frappes de droits communs genre Merah, Coulibaly, les frères Kouachi et maintenant les frères El-Bakraoui finissent par passer pour des martyrs de la bonne cause aux yeux de centaines de milliers d’humains opprimés.

Je ne suis pas bruxellois avec ceux qui ont semé le chaos et la consternation en Irak, en Libye, en Syrie, au nom des « droits de l’homme » (sic), de la « démocratie » (sic) et de l’accès au gaz et au pétrole.

Je ne suis pas bruxellois avec ces médias dégoulinants de compassion pour les victimes de Bruxelles, mais qui ne s’émeuvent des morts syriens, afghans, libyens, irakiens, africains qu’à la rare et très éphémère occasion d’une photo-choc (#Aylan).

Pire, je considère que ceux cités ci-dessus sont au moins aussi responsables du chaos qui se répand désormais en Europe que les kamikazes de Paris, de Bruxelles, d’Ankara, d’Abidjan et d’ailleurs.

Alors oui, bruxellois de tout cœur, avec le peuple belge pleurant ses morts, avec tous ces jeunes et ces moins jeunes qui n’ont que leurs yeux pour mesurer l’étendue du désastre qu’ils vont devoir affronter, avec les survivants des côtes turques ou grecques. Mais non, pas avec n’importe qui.

Ceux-là peuvent toujours s’asseoir sur leurs appels faux-cul à l’unité patriotarde et au front commun des forces « du Bien » outragés. Sans moi ! Expliquer, c’est déjà excuser, insinuait le ministre Valls. Eh bien, la preuve que non.

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Un voyageur à domicile en quête d'une nouvelle civilisation.