#OnVautMieuxQueCa : bien sûr qu’il faut réformer le Code du travail…

ILLUSTRATION

… mais pas pour le remplacer par une saloperie régressive comme la loi El-Khomri ! Le problème n’est pas que le vieux Code du travail soit aujourd’hui trop compliqué ou trop lourd, mais qu’il est devenu obsolète.

Obsolète, parce qu’il s’applique quasi exclusivement à une société de plein-emploi disparue depuis plus de trente ans. D’ailleurs, l’actuel Code est depuis longtemps largement battu en brèche par toute une série de nouveaux règlements et de nouvelles pratiques : la suprématie du CDD sur le CDI, le licenciement « conventionnel », le développement de l’auto-entreprise…

De fait, les bonds prodigieux de la productivité et la robotisation accélérée des tâches ont fait que le travail a naturellement et durablement régressé. Or loin d’être une calamité, ce phénomène devrait être considéré comme un véritable progrès humain.

Encadrer l’ubérisation de l’économie

Cette régression du volume de travail a pour conséquences de profondes modifications dans son organisation, caractérisées par un assouplissement et une évolution vers plus d’indépendance et d’autonomie des individus : c’est le phénomène de l’auto-entreprenariat, appelé aussi l’ubérisation de l’économie.

Refuser cette évolution est un combat rétrograde. Les jeunes l’ont bien compris qui s’organisent en conséquence. Le problème aujourd’hui n’est pas l’ubérisation de l’économie et du travail, mais son encadrement.

C’est à cet encadrement de l’ubérisation que doit s’appliquer le futur nouveau Code du travail, pour que la souplesse et l’indépendance nouvellement acquise par les salariés-entrepreneurs ne soient pas transformées en précarité, ainsi que s’y applique la loi Travail du gouvernement Valls : celle-ci n’est juste qu’une tentative cynique de la classe dominante pour s’approprier à moindres frais tous les bénéfices de l’évolution galopante en cours.

Code du travail et revenu de base

Comme je l’ai écrit dans mon « programme de Yéti », le revenu de base me paraît le socle indispensable pour une juste répartition à la fois des richesses, des gains de productivité et des tâches à accomplir (le travail) dans la nouvelle configuration de l’activité économique. C’est autour de cette notion de revenu de base garanti que devrait s’articuler le nouveau Code du travail.

Un revenu de base garantit à chaque citoyen adulte et à sa famille le minimum nécessaire pour son existence au quotidien. Dans les conditions actuelles, il devrait se situer entre 1000 et 1200 euros/mois. Notons que cette mesure ne ferait que satisfaire à l’article 25 des Droits de l’Homme de 1948[1].

Mais un revenu de base n’a de raison d’être que s’il répond à deux conditions :

  • être évolutif : toute période  de travail devrait valoir à celui qui l’accomplit des points d’activité, similaires à nos actuels points de retraite, mais dont le bénéfice serait immédiat à l’issue de chaque période d’activité ;
  • être accompagné d’un contrôle des prix des biens et services de première nécessité, sans quoi les bénéfices de ce revenu de base seraient immédiatement engloutis par les aigrefins du « Marché » : si le travail doit être réglementé, pourquoi le « Marché » ne le serait-il pas ?

Une fois posé le socle de ce revenu de base évolutif — c’est-à-dire une fois que l’emploi n’est plus cet instrument de torture (travail : du latin tripalium, instrument d’immobilisation et de torture) par lequel une classe dominante corrompue maintient les citoyens en état de servitude permanente — on mesure que la rédaction d’un nouveau Code du travail pour les périodes d’activité de chaque citoyen serait bien plus aisée et tomberait sous le sens.

Notes:

[1Article 25 : toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires ; elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d’invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté.

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