Un reportage à rebrousse-poil diffusé par France 2 : Syrie, le grand aveuglement

ILLUSTRATION

Histoire de parfaire nos idées sur le conflit syrien, je vous conseille un remarquable reportage présentée par France 2 le 18 février 2016 dans le cadre de l’émission Un Œil sur la planète, et intitulé Syrie, le grand aveuglement.

Tout comme l’émission sur la situation en Ukraine réalisée pour Canal + par Paul Moreira, tout comme les reportages de Robert Fisk pour The Independent, ou de Benoît Collombat et Jacques Monnin pour France Inter. le propre de l’enquête-terrain diffusée par Un Œil sur la planète est d’infirmer à peu près toutes les fables à dormir debout débitées à l’envi par la propagande mainstream et relayées sans précaution par une meute des gogos plus ou moins bien intentionnés.

On y découvre pour commencer un document étonnant sur la vie au quotidien de rebelles tout ce qu’il y a de moins « modérés » et dont le QG est installé dans une école d’Alep (tiens, tiens, n’est-ce pas cette école que la propagande occidentale accusa les Russes d’avoir bombardée ?).

On y assiste à la stupéfiante soirée d’adieu d’un kamikaze en partance pour son ultime « mission ».

Quand on combat en Syrie, on est payé

On y découvre le témoignage d’Adeline Chenon-Ramlat, ancienne envoyée spéciale du quotidien Le Monde en Syrie où elle demeura huit ans, Pour Adeline Chenon-Ramlat, la logique qui préside à la guerre civile en cours et à la multiplication des factions dites « rebelles » n’a plus rien à voir avec un idéal, fût-il religieux :

<< On n’est plus dans une logique d’idéal, mais dans une logique qui est malheureusement financière. Autant de factions, autant de capacité de salaire. Aujourd’hui, quand on combat en Syrie, on est payé. Dans cette guerre, tout le monde est payé. >>

Qui pour financer les combattants ? Adeline Chenon-Ramlat cite l’Arabie saoudite, les États-Unis, la Turquie, la France… L’ex journaliste du Monde avoue même que parmi ses propres voisins, plusieurs changèrent de factions en fonction de l’importance du salaire proposé.

Les opposants modérés ne réclamaient pas le départ de Bachar al-Assad

Au début, l’opposition politique modérée a existé, précise le journaliste syrien d’opposition Maen Akel. Son but était pacifiste et elle ne réclamait en rien la chute du régime.

Mais pour Alain Chouet, ancien chef du service de renseignement français (DGSE), cette opposition modérée fut rapidement infiltrée par les Frères musulmans qui, eux, voulaient la tête de Bachar al-Assad, mais sans vouloir entendre parler non plus de démocratie.

La brutalité de la répression menée par le régime en place contre ces opposants beaucoup moins pacifistes que les premiers précipita le pays dans la violence et la guerre civile. À la violence du régime répliqua la violence de l’opposition islamiste. Le film d’un Œil pour la planète dévoile un document terrifiant sur le massacre de dizaine de policiers du régime par le camp d’en face.

Le camp occidental met les pieds dans le mauvais plat, choisit les mauvais chevaux

En 2011, l’Occident intervint dans le conflit. Comme il l’avait fait pour le libyen Khadafi, le président Sarkozy se mit à traiter de pestiféré infréquentable ce Bachar al-Assad qu’il avait pourtant invité à assister au défilé militaire français du 14 juillet 2008.

Les médias occidentaux mainstream  en rajoutaient, citant les manifestations anti-régimes dans les régions les plus défavorisées du pays, mais « oubliant » les défilés monstres qui avaient lieu en faveur d’Assad à Damas et dans d’autres grandes villes.

Le Quai d’Orsay refusa d’écouter son ambassadeur Éric Chevalier qui tentait de l’alerter sur la solidité du régime en place et le noyautage de la rébellion par les Frères musulmans,

Pire encore, fraîchement élu, François Hollande prit la décision de livrer des armes létales aux rebelles.

<< Nous avons commencé [à livrer des armes] quand nous avons eu la certitude qu’elles iraient dans des mains sûres >> (François Hollande).

La certitude des imbéciles n’a d’égal que leur aveuglement, comme le prouve le document ci-dessous :

ILLUSTRATION 2Un rebelle islamiste devant un stock de missiles anti-chars français Milan.

Les enjeux colossaux d’un bourbier

Tout était fin prêt pour que les choses dégénèrent. Et elles dégénérèrent. En 2014, Daesh s’invitait dans ce bal infernal. Le conflit débordait les frontières syriennes et touchait des pays occidentaux comme la France où les attentats du 13 novembre 2015 furent revendiqués par l’État islamique.

Un bourbier auquel il est d’autant plus difficile d’échapper qu’il recèle des éléments cachés, moins avouables, comme l’explique la journaliste de France 2, Samah Soula, dans la dernière partie du reportage : << La Syrie occupe une place stratégique sur la route de l’énergie. Et quand il y a du gaz et du pétrole, les enjeux et les appétits sont colossaux. >>

Voilà, si vous voulez vraiment comprendre ce qui se passe réellement dans ce coin ravagé par la bêtise et l’avidité humaine, je vous invite vivement à regarder l’intégralité de cette émission. Faut-il préciser que le reportage d’Un Œil sur la planète fut bien évidemment aussitôt décrié par les bonimenteurs incorrigibles du microcosme médiatique :

<< Syrie : quand « Un Œil sur la planète » se fait le porte-voix de Damas >> (L’Express).

=> Source : France 2, émission Un Œil sur la planète

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