Syrie : pour en finir avec le mythe des « rebelles modérés »

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Alep outragé, Alep brisé, Alep martyrisé… La propagande bat son plein dans les milieux occidentaux. Dans cette ville en guerre, le clan des irréductibles opposants « modérés » seraient victimes du tyran Assad et de ses méchants alliés russes. Mais Alep libéré par qui, au fait ?

Cette vague de propagande est d’autant plus inquiétante qu’elle contamine certains milieux de gauche, de Clémentine Autain, membre du Front de gauche, à Denis Sieffert, rédacteur en chef de Politis. (Oublions dans cette liste l’inévitable « lettre ouverte » — Alep vivra ! — co-signés par les éternels intellectuels de la gauche-caviar qui soutenaient déjà tous, pour la plupart, le candidat Hollande en 2012.)

Cette propagande ne repose en vérité que sur des rumeurs et des bruits invérifiés ou partiels. Cherchez donc dans ce déluge de déclarations sans précaution, la moindre argumentation émanant du terrain. L’argument principal évoqué par nos « propagandistes » est que la coalition russo-syrienne s’en prendrait à tous les opposants anti-Assad modérés (c’est-à-dire non contaminés par les charias jihadistes) … en évitant soigneusement Daesh.

Des enquêtes-terrain pour dissiper les fumées de la propagande

Le problème est que les reportages effectués par quelques courageux vrais journalistes sur place infirment tous ces contes à dormir debout. À commencer par l’existence de la rebellion « modérée » .

Prenez donc le temps d’écouter (ou de relire) ce reportage de Benoît Collombat et Jacques Monin, diffusé sur France Inter en novembre 2015 dans l’émission de Matthieu Aron, « Secrets d’info » :

Lisez donc les chroniques de Robert Fisk, envoyé spécial du média britannique The Independent, présent dans le bourbier syrien :

<< On raconte une histoire intrigante sur la reprise d’un poste de frontière syrien ; de la façon dont d’anciennes unités de « l’Armée syrienne libre » — réincorporées dans l’armée syrienne après leur désertion d’origine — ont reçu « l’honneur » de conduire l’opération, de la façon dont deux de leurs groupes ont submergé les hommes d’Al-Nosra et restauré la souveraineté de la Syrie dans ce coin nord-ouest du territoire. Le récit, il va sans dire, en dit long sur la représentation de l’armée syrienne des « modérés » que ces messieurs Cameron et Obama aiment propager, même s’il est facile de supposer que les infâmes « fumées » de la propagande de guerre » se doivent de recouvrir tous ces exploits, au moins jusqu’à ce que nous ayons le temps d’enquêter sur la réalité. >>

Ce qui ressort de tous ces reportages et de toutes ces chroniques saisis « sur le motif », c’est que la mystérieuse « Armée syrienne libre » luttant contre le tyran Assad n’est qu’un mythe pour gogos, noyautée pour ce qu’il en reste par le Front al-Nosra (lire Al-Qaïda) ; et, plus grave, financée et armée par une coalition occidentale sur la défensive. Les fameux opposants « modérés », eux, se sont évanouis dans la nature… quand ils ne s’en sont pas retournés, comme le dit Robert Fisk, combattre les fous de Dieu au sein de l’armée d’Assad.

Au sein de la Conférence pour la paix en Syrie qui se tient cahin-caha en ce moment à Genève, la Coalition nationale de l’opposition dite modérée » (HCN) est représentée par Mohamed Allouche, membre du bureau politique du groupe armé rebelle Jaich al-Islam (armée de l’islam) soutenu par l’Arabie Saoudite (une référence en matière de modération !) et par Riad Hijab, ex-premier ministre de Bachar Al-Assad qui, après avoir fui en Jordanie, déclara qu’il n’avait accepté ce poste que sous les menaces de mort de son président (Assad choisissant un Premier ministre d’opposition contraint et forcé, voilà qui est hautement crédible !).

Dans le même temps, on notera pour finir que les Kurdes, bien présents eux sur le champ de bataille, n’ont pas été conviés aux agapes genevoises et sont au contraire bombardés par la Turquie d’Erdogan, membre de l’Otan.

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Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation.