Reconstruction : les bienfaits de la souveraineté financière

ILLUSTRATION

Voilà donc notre vieux monde au bord d’un nouveau cataclysme financier, sans doute plus meurtrier encore que celui de 2008. Mais pour y faire face, toutes les puissances mondiales ne sont pas sur le même pied d’égalité. Et d’efficacité.

Paul Jorion a fort raison de pointer << la leçon donnée par la Chine >> en janvier 2016. C’est de la Chine — du moins en grande partie — que s’est enflammé le nouvel incendie financier planétaire. Mais la réaction de M. Xiao Gang, grand régulateur de la finance chinoise, fut tout sauf orthodoxe au sens où l’entendent les Marchés. 

Le grand régulateur commença par appeler les investisseurs à « se blottir les uns contre les autres pour la chaleur ». Et à stigmatiser << l’immaturité >> de ceux qui agissaient contre l’intérêt du pays en vendant leurs titres à tout-va dans la panique. On vit même, note Paul Jorion, des personnalités du monde financier disparaître mystérieusement, puis réapparaître à la télévision pour faire leur autocritique.

C’est que les dirigeants chinois — et sans doute ceux d’autres pays de tradition autoritaire comme la Russie — ne sont pas pieds et mains liés aux extravagances des Marchés comme le sont leurs homologues occidentaux. S’ils consentent à laisser les investisseurs jouer dans leur cour de récré boursière tant que cela ne nuit pas aux intérêts bien compris de leurs pays, ils n’hésitent pas à les traiter en délinquants quand les choses tournent vinaigre.

Les succès d’un modèle financier dirigiste

Il y eut un État, de tradition pourtant bien plus libéral que les deux exemples « autoritaires » précédents, qui sut par le passé mettre en valeur ce que Jacques Sapir appelle << les bienfaits de la répression financière >>.

En 1945, sortant d’un conflit qui l’avait laissée exsangue, la France, gouvernée par une coalition allant de la droite gaulliste à la gauche communiste, entreprit la reconstruction de ses infrastructures en mettant proprement la finance au pas : utilisation « dirigiste » des institutions financières (Banque de France, Caisse des dépôts, Crédit national…), nationalisation des grandes banques de dépôts, contrôle des capitaux, plafonnement des taux d’intérêt, obligation pour le système bancaire de détenir des obligations d’État…

Les résultats de ce modèle dits de « planification à la française » furent à la hauteur. Le pays fut promptement remis en état de marche, même si la méthode irritait fort les tenants d’un libéralisme financier débridé.

Aujourd’hui, il va de soi qu’un système de « répression financière » est mieux à même de venir à bout des dégâts causés par des Marchés devenus fous et démocratiquement incontrôlables. Les systèmes autoritaires de gouvernement — Chine, Russie — paraissent bien mieux armés, pour faire face à l’effondrement, que les « autorités » politiques occidentales, complètement inféodées aux lobbies financiers et de surcroît frappées d’incompétence : on se souvient de l’ingénu << je ne savais pas que la crise serait aussi dure et qu’elle durerait autant >>, lâché en mars 2013 par un président français Hollande totalement désemparé.

Or, comment reconquérir une souveraineté financière indispensable sans retour préalable à une souveraineté politique, exercée par des autorités crédibles ?

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Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation.