Catalogne : la leçon de politique des indépendantistes

puigdemont.jpgCarles Puigdemont, nouveau président du nouveau gouvernement autonome catalan

En surmontant les problèmes de personnes et en trouvant un accord de gouvernement entre les différentes parties, qu’elles soient de droite ou de gauche, les indépendantistes catalans ont ouvert les pistes d’une très intéressante solution politique à la crise actuelle.

La personne qui posait problème, c’était le leader du parti Convergence Démocratique de Catalogne (CDC, droite) que les élus du parti de gauche radicale (CPU, membre de la coalition indépendantiste catalane avec le CDC) refusaient de reconduire comme président de la Generalitat (gouvernement autonome catalan).

On croyait qu’Artur Mas, blessé dans son orgueil, allait organiser de nouvelles élections comme il le déclarait. Eh bien non, un accord est intervenu le 11 janvier et c’est un certain Carles Puigdemont, autre indépendantiste convaincu, qui a été élu à la tête de la Generalitat.

=> Pour plus d’infos, lire Catalogne : les indépendantistes finalement en ordre de bataille, par Romaric Godin (La Tribune)

La quête de souveraineté populaire

On ne discutera pas ici du bien-fondé ou non de la revendication indépendantiste catalane en Espagne. On ne jaugera pas de l’équilibre droite-gauche de la coalition Junts Pel Sí (« Ensemble pour le oui » [à l’indépendance, ndlr]). Ni catalan, ni espagnol, nous n’avons nulle qualité pour nous immiscer dans leurs affaires intérieures.

Mais au moins, pouvons-nous essayer de tirer les leçons de cette démarche politique encourageante à plus d’un titre :

  • oui, un mouvement sécessionniste contre l’omnipotence de l’Union européenne et de ses gouvernements affidés est possible, que ce soit dans le cadre national, régional ou même strictement local comme ça s’est vu à Barcelone et Madrid lors des dernières municipales du 24 mai 2015 ;
  • non, le clivage droite-gauche n’est pas forcément un obstacle à la quête d’une souveraineté populaire confisquée.

Intérêts et principes

On m’épargnera les éléments de langage diffusés à l’envi par les tenants du système pour contrer et discréditer toute tentative de dissidence : le populisme des sécessionnistes, l’archaïsme nationaliste ou régionaliste, l’égoïsme catalan, les arrières-pensées financières et économiques de Junts Pel Sí

La politique n’est pas affaire d’idées fumeuses déconnectées du réel, mais d’abord et toujours de pragmatisme et d’intérêts à défendre. L’éthique politique est de faire valoir à ce pragmatisme quelques principes moraux : liberté-égalité-fraternité, le respect des 30 articles des Droits de l’homme…

La revendication d’une souveraineté populaire m’apparaît toujours préférable à son détournement par des forces technocratiques sans contrôle. De véritables représentants du peuple, pour critiquables qu’ils soient ( sont toujours préférables aux représentants-placiers de lobbies privés que sont devenus nos responsables politiques occidentaux.

Après, bien sûr, libre à chaque citoyen de discuter avec ou contre leurs élus des principes et des décisions qu’ils appliquent. Mais le cadre d’une souveraineté populaire bien comprise me semble indispensable à une saine expression démocratique. Même si l’on ne saurait négliger les chausse-trappe que ne vont pas manquer de leur tendre les tordus d’en face, la leçon que les électeurs catalans viennent de nous administrer, c’est qu’une telle issue est toujours envisageable aujourd’hui.

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