Réélection de Sepp Blatter à la FIFA : Obama qui pleure et Poutine qui rit

Photo : AFP/Aleksey Nikolskyi
Sepp Blatter et Vladimir Poutine

Il faut avoir la passion bien accrochée pour s’intéresser encore au foot et à son spectacle donné par des zombies trop survitaminés pour être honnêtes. Les magouilles inhérentes à ce milieu archi-pourri par le fric achèvent vite de doucher les enthousiasmes.

Le coup de filet, mercredi à Zurich, contre de hauts dirigeants de la FIFA[1] soupçonnés de corruption, ne pouvait émoustiller que les amateurs de scandales. Les aficionados se fichaient sans doute comme de l’an 40 du sort réservé à son inamovible président, Sepp Blatter, dont leur ancienne idole, Michel Platini, un peu boudiné dans son costume de capitaine de l’UEFA[2] , demandait mordicus le retrait.

Un détail aurait cependant dû frapper les esprits : la sur-réaction partisane des États-Unis qui n’avaient pourtant jamais montré jusqu’à présent un amour immodéré pour le « soccer ».

Ah oui, mais c’est bien sûr : la FIFA, sous la houlette du vieux Blatter, a accordé à la Russie de Poutine l’organisation de la Coupe du monde de football pour 2018 malgré les pressions insistantes du sénateur US John Mc Cain. Or on sait les fantastiques retombées que peut avoir un « Mundial » pour le pays organisateur et pour son équipe dirigeante.

On peut être sûr que le filou du Kremlin ne manquera pas d’en tirer le maximum de profit et on imagine la bobine des dirigeants occidentaux quand ils se trouveront contraints de choisir entre une présence dans des gradins pestiférés ou une absence honteuse qui les discréditera un peu plus aux yeux du populaire. Car pourri ou non, le foot reste l’apanage de la plèbe.

La victoire des BRICS et des petits

Damn it, vendredi 29 mai, Sepp Blatter fut réélu pour la cinquième fois à la tête de la FIFA sur le score sans appel de 133 à 73 et en profita pour déclarer irrévocable le choix de la Russie pour 2018.

C’est que, corrompue ou non, la FIFA a une organisation infiniment plus démocratique que celle de l’ONU : un pays une voix, fût-elle celle de la Côte d’Ivoire contre celle de l’Amérique. Le détail des votes est sans appel : la victoire de Blatter consacre une nouvelle fois celle des BRICS et des petits face à l’empire occidental qui n’en peut mais.

Que le Kop des poutinophobes en furie remballe ses invectives. Il ne sera pas avancé ici qu’il n’y eut point quelques juteux petits pots-de-vins en guise de contrepartie pour boucler le deal.

Mais de l’avis des spécialistes, pas vraiment de preuves non plus. En tout cas pas suffisamment pour faire tomber le vieil oligarque du foot et beaucoup moins que celles, avérées, qui entachèrent le choix du Qatar pour la session suivante de 2022.

Obama et les Européens qui pleurent, Poutine qui rit, telle est la dure loi du sport à la sauce, très géopolitique, de la FIFA.

Notes:

[1] Fédération Internationale de Football Association

[2] Union of European Football Associations

A propos de Pierrick Tillet 3755 Articles
Un voyageur à domicile en quête d'une nouvelle civilisation.