Départementales : misère d’une expression démocratique locale

PHOTO
(Photo : AFP/Gérard Bottino)

Combien de citoyens connaissent vraiment les enjeux des prochaines élections départementales (ex cantonales) des 22 et 29 mars ? Pas sûr qu’ils se déplacent en nombre pour voter. Et on les comprend.

Passons sur le dépoussiérage, plutôt bienvenu mais de pure forme, de l’appellation : les élections deviennent « départementales » après être restées « cantonales » depuis 1883, et déboucheront sur la formation de conseils « départementaux », jadis baptisés « généraux » par la loi du 28 pluviôse an VIII.

Une marge de manœuvre politique locale très limitée

[encadre]C’est dire le caractère local et historiquement enraciné de ce scrutin. La marge de manœuvre politique des élus y est pourtant très limitée, laminée même par une crise qui en a tari les sources de financement (dotation de l’État et droits de mutation en forte baisse – cf. encadré).

Contraints par un budget de fonctionnement peu compressible, sinon en forte hausse (l’explosion des aides sociales type RSA), grevés de dettes souvent « toxiques », les conseils départementaux n’ont d’autre issue que de réduire de façon draconienne leur budget d’investissement : la culture (bibliothèques, musées…), l’aide aux associations…

Lire dans ces conditions les professions de foi des « binômes » de candidats relève du pensum soporifique : à les entendre, ils vont absolument tout réaliser, sans augmenter les impôts locaux, et en passant les problèmes budgétaires à la trappe. À peine certains consentent-ils à admettre, en tout petits caractères de fin de contrat, qu’ils vont essayer de « faire mieux avec moins ».

Rien là-dedans pour soulever l’enthousiasme déjà bien anesthésié des citoyens.

Le taux d’abstention en ligne de mire

Les élections départementales revêtent cependant une importance politique capitale pour les partis qui y trouvent l’occasion de renforcer leurs ancrages locaux.

Reste à en convaincre les électeurs, ce qui est loin d’être gagné. Et ce n’est pas les considérations caricaturales du Premier ministre socialiste Valls, faisant du seul épouvantail FN l’ultime justification d’une mobilisation en faveur de ses troupes, qui risquent d’inverser la tendance.

L’argument est usé à la corde. Et les citoyens français constatent bien que ce n’est pas le FN qui pour l’heure est directement responsable de la gangrène minant le pays, mais la coalition corrompue et dégénérée de l’UMP et du PS qui s’y échangent les postes au gré de mornes alternances.

On ne niera pas le danger représenté par les ouailles déjantées de Marine Le Pen, sorties qui d’improbables maisons de retraite ou qui alimentées par une aigreur régressive. Mais on restera aussi désespérés par l’absence d’alternatives à gauche. Le Front de gauche n’est plus que l’ombre de l’espoir qu’il représentait, vampyrisé par un Parti communiste tentaculaire tentant de sauver les restes de son vieil appareil.

Repartition_candidats_FDG.jpg
Répartition par étiquette des candidats assimilables Front de gauche
(selon la liste des candidats présentés et soutenus par le PCF)

Renforcée par le changement du mode de renouvellement des conseils départementaux (tous les six ans sur l’ensemble des cantons, au lieu de tous les trois ans par moitié), la signification politique du prochain scrutin sera indéniable, mais avec un taux d’abstention en ligne de mire. Reste qu’au final, non, décidément, pas encore cette fois-ci que l’avènement du « monde d’après » se jouera dans les urnes.

A propos de Pierrick Tillet 3645 Articles
Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation.