Grèce : une partie plutôt mal engagée mais…

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Manolis Glezos, Stathis Kouvelakis, Costas Lapavitsas

Les propositions formulées par la Grèce à l’Eurogroupe le 24 février engagent le gouvernement Tsipras dans le chemin tortueux de négociations très incertaines avec la Troïka. Pourtant, tout n’est peut-être pas encore perdu…

Aux nombreuses concessions faites par la Grèce s’ajouteront nécessairement celles que ne manqueront pas d’essayer de lui extorquer la bande infernale durant les quatre mois à venir. On sait que mettre un doigt dans leur engrenage, peut vite vous coûter le reste du corps et même l’âme qui va avec.

L’élément-clé de l’affaire : l’effondrement à terme de l’Eurogroupe

Mais admettons qu’il ne s’agisse que d’une trêve provisoire avant de passer aux choses sérieuses : le contrat final.

Lire > Grèce : le gouvernement décroche une trêve

Mettons aussi les quelques concessions de la Troïka (le maintien des exigences de justice sociale de Syriza) sur le fait que la zone euro et les banques ne pouvaient pas non plus se permettre un clash dont elles auraient autant souffert que les Grecs.

Il n’en demeure pas moins que le fameux contrat final restera de toute façon totalement illusoire, si tant est qu’il puisse exister :

  • ou bien le gouvernement Tsipras cède un peu plus à l’issue de cette trêve et la Grèce finira de toute façon par faire défaut, la honte et la misère en plus, en entraînant l’Eurogroupe par le fond ;
  • ou bien la nouvelle équipe grecque met à profit ces quatre petits mois pour organiser, dans l’ordre et la dignité en plus, sa sortie de l’euro, faisant de ce fait exploser l’Eurogroupe.

L’élément-clé de l’affaire, c’est bien sûr l’inévitable effondrement à terme de l’Eurogroupe dans tous les cas de figure.

La chance du gouvernement Tsipras, c’est Syriza

Reste aux Grecs à échapper au naufrage du Titanic européen à l’issue de cette trêve pas franchement très bien engagée ? Et si l’atout du gouvernement Tsipras, finalement, c’était Syriza lui-même et ses élus ? Ceux-là commencent à se manifester pour rappeler leurs exécutants à l’ordre, en des termes bien moins timorés que ceux de nos velléitaires frondeurs socialistes.

Il y eut d’abord l’apostrophe très médiatisée du vétéran Manolis Glezos, eurodéputé de Syriza : « Je demande au peuple grec de me pardonner pour avoir contribué à cette illusion ! » Un peu spectaculaire, certes, pas très constructive, mais qui sollicite une pression populaire contre tout « compromis » foireux.

Il y eut ce ferme rappel à l’ordre de Stathis Kouvelakis, membre du comité central de Syriza : « Continuer dans cette voie ne peut conduire qu’à l’échec de Syriza. » Principal élément de critique de Kouvelakis : le refus du gouvernement Tsipras de rompre immédiatement avec l’euro.

Enfin, sans doute le plus pertinent de tous, l’avis en cinq questions de Costas Lapavitsas, économiste, député, membre de l’aile gauche de Syriza, et dont Jacques Sapir laisse entendre qu’il pourrait avantageusement remplacer Varoufakis au poste de ministre des finances si besoin était :

1. « Comment financer notre plan de Reconstruction nationale, si 3 milliards du Fonds de stabilité financière échappent désormais au contrôle grec ? »

2. « Comment respecterons-nous notre promesse d’annuler la dette, après que la Grèce se soit engagé à respecter pleinement et en temps convenu tous ses engagements vis-à-vis de ses créanciers ? »

3. « Comment allons-nous en finir avec l’austérité si la Grèce est tenu de dégager des excédents budgétaires « appropriés » pour rendre son énorme dette « soutenable » ? »

4. « Comment allons-nous imposer le changement dans le pays si les « institutions » exercent une surveillance stricte et interdisent les actions unilatérales ? »

5. « Que vont exactement changer quatre mois supplémentaires d’ »extension » pour que la nouvelle négociation avec nos partenaires se déroule dans de meilleures conditions ? »

Faut-il rappeler que le gouvernement Tsipras dispose d’une majorité parlementaire très aléatoire ? Faut-il lui rappeler que faute du soutien des lobbies habituels, il ne dispose que de celui de ses électeurs ? Affaire à suivre (sans désespérer, svp).

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