Retour sur terre : le plan d’urgence de Syriza en cas de victoire électorale

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Alexis Tsipras présentant le projet Syriza le 3 janvier 2015 (photo : Pascal/Okeanews)

Élections grecques J-7. La course en tête de Syriza ne se dément pas dans les sondages. Mais que feront Alexis Tsipras et les siens une fois parvenus au pouvoir ?

Le site Okeanews a publié récemment le plan d’urgence établi par Syriza pour reprendre la main à la Troïka, aux oligarques grecs et à la triste coalition emmenée par Antonis Samaras.

Le plan d’urgence de Syriza

Ce plan est composé de quatre parties dont voici les principales composantes :

1. Une lutte contre les effets de l’austérité avec l’électricité gratuite et des bons d’alimentation pour les ménages démunis, un plan logement pour ceux qui en sont dépourvus, des soins médicaux gratuits…

2. Des mesures immédiates pour relancer l’économie, parmi lesquelles un réaménagent du remboursement des dettes envers l’État, un gel ou une suspension des saisies et des poursuites pénales pour les sans-revenus, une interdiction faite aux banques de toucher aux résidences principales des foyers modestes…

3. Un plan national de récupération de l’emploi avec un salaire minimum porté à 751 € (contre 450 € aujourd’hui), la restauration des conventions collectives, la suppression des dispositions portant sur les licenciements massifs…

4. Des réformes institutionnelle et démocratique de l’administration publique prévoyant la réorganisation des institutions politiques et de la fonction publique, la lutte contre la corruption, la réforme du financement des partis, le contrôle du financement des entreprises privées, la remise à plat des autorisations de publier ou d’émettre attribuées aux différents médias…

De quelques manques et incertitudes

Ce plan d’urgence, concret à souhait, risque fort de décevoir les idéologues enflammés des ruptures radicales, encore qu’on puisse penser que la population grecque, exténuée par des années de privations imposées, soit plus encline aujourd’hui à privilégier des petits matins peinards que des Grands soirs fumeux. Formulons cependant quelques réserves sur le projet :

  • Rien sur un revenu minimum de base[1] qui aurait sans doute pour effet de simplifier et de clarifier tout le train de mesures figurant au volet de la lutte contre l’austérité et la pauvreté.
  • Une position peu tenable concernant le maintien mordicus de la Grèce dans une zone euro en pleine déliquescence.
  • Rien de prévu au niveau du système monétaire et financier en cas de clash toujours possible avec la Commission européenne et la BCE, mais aussi et surtout pour faire face à la panique financière qui suivra probablement l’élection de Syriza[2] .

La Commission européenne fait soudain profil bas

Mais qui songerait à reprocher à Syriza de ne pas dévoiler toutes ses cartes avant le début d’une partie qui s’annonce aussi serrée ? Une chose et sûre, après une entrée en fanfare aussi intrusive qu’obscène dans les affaires politiques grecques (ah, les interventions du commissaire Juncker et de son fidèle Moscovici !), la Commission européenne en est venue à adopter un profil beaucoup plus prudent.

Grece_bilan.jpgC’est que les cris d’orfraies alarmistes de la coalition Samaras ne semblent pas être parvenus à faire oublier aux citoyens hellènes le calamiteux bilan d’une Troïka de sinistre réputation :

  • un taux de chômage porté à 26 % ;
  • un PIB en recul de 25 % depuis 2008 ;
  • une dette publique passée de 106 % du PIB en 2008 à plus de 175 % aujourd’hui, et ce malgré une politique d’austérité humiliante censée en inverser la progression.

De fait, les sondages (bon, d’accord, ce ne sont que des sondages) n’indiquent aucun effritement dans la course en tête de Syriza. Mieux, certaines enquêtes accordent désormais une majorité absolue en sièges (150 et +) au parti d’Alexis Tsipras[3] :

SONDAGE
Un des récents sondages donnant une majorité absolue de sièges à Syriza

Voilà qui changerait toute la donne. Et Bruxelles le sait. Car contrairement aux apparences, ce n’est plus Bruxelles, ni Merkel qui auraient alors les cartes en mains, mais bel et bien Syriza avec lequel la Commission Juncker devrait négocier et composer pour sauver ses sacro-saints créanciers et empêcher que l’hémorragie de la contestation ne s’étende au sein de l’Union européenne.

Allez patience, J-61/2, le moment de vérité approche pour tout le monde, tic-tac, tic-tac…

Notes:

[1] L’idée d’un revenu de base garanti figure par contre au programme de Podemos et est désormais soutenue par Thomas Piketty.

[2] On remarquera que cette panique bancaire est d’ores et déjà commencée, aidée par la rupture de la Suisse avec l’euro et par ce constat naturel que la gauche fait toujours peur aux riches !

[3] On notera sur le graphique publié, comme dans tous les sondages sur la question, l’importance du pourcentage d’indécis (en orange).

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