Décomposition : quand les mensonges d’État n’abusent plus personne

Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur (photo : AFP/Thomas Samson
Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur (photo : AFP/Thomas Samson)

Le mensonge est la forme pervertie et déliquescente de la raison d’État. Mais que dire d’un État quand ses mensonges ne sont même plus en mesure d’abuser qui que ce soit ?

Tout d’abord écartons un lieu-commun un peu facile : non, il n’est pas vrai que le mensonge soit inhérent à tout exercice du pouvoir. Je ne pense pas qu’un Nelson Mandela ait eu besoin de recourir à des sornettes grossières pour asseoir l’autorité du pays qu’il présidait.

Que le mensonge d’État soit par contre chose répandue est une évidence qui dit juste combien le pouvoir corrompt ceux qui l’exercent. Et il est même un temps où le mensonge d’État renforce et prolonge d’une certaine manière la puissance des menteurs.

Mais la décomposition d’un État survient dès lors que ses mensonges ne dupent plus personne. C’est bien ce qui vient de se produire à travers les deux derniers invraisemblables bobards sortis par l’équipe de bras cassés au pouvoir.

Enrayer d’urgence le cancer de l’humiliation

Le naufrage quasi instantané de Bernard Cazeneuve dans l’affaire Rémi Fraisse et de ses tentatives pour étouffer la culpabilité de la police et de son ministère donne une idée de la dilution des rouages du pouvoir. Confondu, le ministre tentera un échappatoire désespéré… en ordonnant l’interdiction des grenades offensives (sans que personne parmi « l’élite » ne relève que le véritable scandale résidait précisément dans leur autorisation préalable) !

Jean-Pierre Jouyet, ministre de l'Intérieur (photo : AFP)Plus graves encore les péripéties de l’affaire Fillon-Jouyet. En ce sens, note Jacques Sapir dans un récent billet, qu’elle révèle crûment la pétaudière dans laquelle se débat l’oligarchie finissante, des gouvernants du moment à leur fausse opposition de droite, en passant par les médias mainstream qui relayèrent sans la moindre vérification les accusations émises par un conseiller de l’Élysée fricotant aussi aisément avec la présidence Sarkozy dont il fut le zélé ministre qu’avec celle de François Hollande dont il est le conseiller attitré.

Il est clair qu’aucun de ces deux mensonges — pour ne citer que ceux-là, car la fièvre a tendance à s’en répandre ces derniers temps — n’abusa jamais personne, même ceux qui feignent d’y croire au nom de la raison et de la « dignité » bien ravagées dudit État.

Clair aussi que l’indignation outragée ne saurait plus suffire à régler le problème. Pas plus que l’ironie ou le cynisme, masques grimaciers traditionnels de l’impuissance et de la résignation.

Bref, au point critique où en est sa décomposition politique, il ne reste guère plus de solution pour le pays que de jeter dehors, au plus vite et sans façon, ceux, tous ceux qui font ainsi prospérer le cancer de la honte et de l’humiliation. En témoigne le mépris (mérité) dont ils sont accablés, tant au niveau national qu’international.

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