L’État islamique gagne la bataille de la communication…

Abou Bakr Al-Baghdadi, "calife" de l’État islamique
Abou Bakr Al-Baghdadi, « calife » de l’État islamique

… Et l’OTAN trouve un prétexte pour justifier sa guerre.

L’assassinat d’Hervé Gourdel, après ceux des américains James Foley et Steven Sodloff, du britannique David Haines, ont donné à l’État islamique (EI) l’occasion de remporter une incontestable victoire médiatique, à en juger par les réactions passionnelles et sans mesures qu’elles ont déclenchées dans les pays occidentaux.

Comme le note le blogueur Marcel Sel, il est clair qu’en enlevant Hervé Goudel, l’EI ne cherchait nullement à infléchir la position française sur les interventions en Irak et en Libye. Son unique objectif était de semer la consternation, de répandre la peur et de déclencher enfin cette guerre de civilisation, djihadiste, que les terroristes appellent ouvertement de leur vœux.

Les sept étapes de la stratégie islamique

L’an passé, le journaliste anglais Robert Fisk raconta comment l’écrivain arabe Abdel Bari Atwan, familier de Ben Laden, découvrit en 2005 un étonnant document intitulé « La Stratégie d’Al-Qaïda jusqu’en 2020 ». Ce document détaillait les sept étapes qui devaient mener, selon leurs auteurs, à « un califat islamique mondial ».

  • La première étape visait à inciter les Occidentaux à venir combattre sur leur terrain…
  • … jusqu’à (étape 2) ce que les inévitables débordements et erreurs des Occidentaux retournent et unissent les populations locales contre eux.
  • L’étape 3 consistait à circonscrire le conflit dans un « triangle de l’horreur » : Irak, Syrie, Jordanie. NB : la Jordanie est le premier pays arabe à avoir annoncé sa participation active aux bombardements menés contre l’EI sous la direction de États-Unis.
  • L’étape 4 devait aboutir à « l’avènement d’un réseau islamique mondialisé », aisément accessible à tous les volontaires djihadistes.
  • L’étape 5 anticipait « le crash du budget militaire américain pour cause de faillite financière et économique ».
  • L’étape 6 prévoyait « l’effondrement des dictateurs arabes en place ».
  • Et l’étape 7 débouchait enfin sur « un affrontement ultime entre civilisations et une bataille apocalyptique » en guise de bouquet final.

L’Occident a autant besoin de la guerre que l’EI

Qui niera aujourd’hui que cette stratégie est en bonne voie de réalisation ? Mais les stratèges islamiques avaient-ils prévu que le camp occidental, miné par la déconfiture de son système économique et financier de domination planétaire, aurait tout autant besoin d’une guerre qu’eux-mêmes ?

Comme le décrit Jacques Sapir, l’exploitation compassionnelle de l’assassinat tragique d’Hervé Gourdel a vite tourné à une propagande obscène en faveur de frappes militaires. N’est-on pas allé jusqu’à intimer aux ressortissants français de confession musulmane de prendre clairement position dans le conflit qui s’annonce ? Depuis quand, dans notre État athée, la confession religieuse prime-t-elle sur la nationalité ?

Discours d’Obama à l’ONU, 24 sept. 2014En témoigne aussi le discours belliciste tenu le 24 septembre 2014 à la tribune de l’ONU par le président américain Barack Obama, abondamment relayé dans toutes les chancelleries européennes et les médias mainstream.

Toute mâchoire crispée, le prix Nobel de la paix 2009, jetant pêle-mêle dans le même sac des ennemis à terrasser, l’EI, « l’agression » de la Russie… et le virus Ebola, renvoyant les résolutions de l’ONU au rayon des accessoires, a affirmé vouloir « déclarer la guerre à la guerre pour que naisse la paix » !

L’Union sacrée de l’hystérie guerrière

Faut-il s’étonner après ça que l’opinion publique, chauffée à blanc par cette propagande apoplectique, bascule et se laisse happer dans l’engrenage de l’exaltation belliqueuse ? Selon un sondage Ifop, près de 7 Français sur 10 se déclarent aujourd’hui favorables à l’engagement militaire de la France en Irak.

Fermez le ban. Tout est paré pour le grand barnum sanglant expiatoire. Le Pentagone a d’ores et déjà prévenu que celui-ci risquait d’être très long. Et tant pis si les précédentes interventions militaires se sont soldées par un renforcement des positions des fous de Dieu (Afghanistan, Pakistan, Libye, Syrie, Irak…). Tant pis si ces actions inconsidérées confortent la stratégie diabolique ourdie par l’ennemi désigné.

Au diable le respect des lois internationales. Foin des règles mêmes de la démocratie qu’on prétend vouloir imposer aux autres, mais qu’on s’apprête à réduire chez soi au nom d’une fort improbable « lutte antiterroriste ».

« Limitation des libertés sur Internet, limitation de la liberté de la presse, d’aller et venir pour des citoyens français au nom d’une prédictibilité par essence douteuse, extension de la sphère d’intervention de la police au détriment du juge… Gageons que cette loi ne fera pas grand mal au terrorisme. Elle risque en revanche de faire passer à l’arrière-plan une vérité pourtant essentielle : la démocratie ne peut relever les défis du terrorisme qu’en s’affirmant comme telle » (Pierre Tartakowski, président de la Ligue des droits de l’homme).

Place désormais à l’Union sacrée de l’hystérie guerrière contre la raison et le droit. Il y a toujours de bonnes raisons pour lancer des guerres, mais c’est toujours dans le chaos, la honte et l’abjection qu’elles se terminent.

Post-scriptum :

En complément du discours de Barack Obama (mis en lien dans le billet), voici à titre de comparaison la déclaration de Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, prononcée à la tribune de l’ONU le 27 septembre 2014.

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