La guerre qui vient : et si l’opinion publique restait rétive à la propagande…

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Parmi les ingrédients qui mènent aux tragédies guerrières, la propagande tient la part du lion, s’efforçant d’hystériser l’opinion publique contre l’ennemi désigné. Mais supposez que l’opinion publique reste rétive à la propagande…

Principaux relais de cette tentative d’hystérisation générale, les médias dits « mainstream ». Le moins que l’on puisse dire est que ceux-là ne ménagent guère leurs efforts en la matière. L’affaire ukrainienne, le déchaînement d’anti-poutinisme caricatural qui en découle, en sont un nouvel exemple emblématique.

Des journalistes transformés en prêcheurs

De la manipulation de Maïdan à la tragédie du Boeing de la Malaysia Airlines, c’est à un festival de désinformations outrancières auquel il nous fut donné d’assister. Je vous passe la liste des imbécillités que nous fûmes censés avaler sans piper : documents audiovisuels bidonnés, affirmations sans preuves, allégations gratuites…

Qu’importe si tout ce brouet retombe comme mauvais soufflet aussitôt publié. L’accumulation et la répétition tiennent lieu d’acte de foi aux imbéciles. Ainsi du leitmotiv usé sur l’annexion de la Crimée par la Russie, présentée comme cause première du conflit.

Réfugiés ukrainiens en Crimée (AFP-Yuri Lashov)Le problème est aujourd’hui que les Criméens se déclarent satisfaits de leur situation à plus de 80 % (enquête de l’institut américain PRC[1] ), que la Crimée est une région des plus paisibles quand l’Ukraine est en proie à une guerre civile meurtrière, et que les quelques 730 000 Ukrainiens contraints de fuir les combats depuis le début de l’année ne se réfugient pas à Kiev, mais en territoire russe, Crimée comprise (source : HCR, agence des Nations unies pour les réfugiés[2]).

Croyez-vous que cela empêche nos journalistes, nos chroniqueurs, transformés en prêcheurs inconditionnels de la « bonne cause », de continuer à marteler leurs rengaines au mépris de l’évidence ? Que nenni :

« On a bien vu que le référendum [sur le rattachement de la Crimée, ndlr] s’est fait avec un canon sur la tempe. On savait très bien queTous les envoyés spéciaux ont très bien vu… » (Yves Bourdillon, Les Échos, sur Europe 1, 31 juillet).

L’absence de sondages

Il y a pourtant quelque chose qui cloche dans ce déchaînement médiatique. Un petit grain de sable dans la machine à formater et à entraîner les esprits. Un élément dont les tenants de la pensée unique usent et abusent pour montrer et tenter de démontrer que le plus grand nombre la partage : pas de sondages ou presque sur la question.

J’ai cherché sur Google avec les mots clefs « sondage+français+ukraine » Le dernier date de début mars. Il émane de l’Ifop, publié par le Figaro[3] et indique que 64% des Français sont hostiles à aider financièrement l’Ukraine, mais aussi à l’entrée de ce pays au sein de l’Union européenne (71 % contre).

Depuis, rien. Pas plus avec les mots clefs « sondage+français+poutine ». Ni sur le souci de nos concitoyens d’aller guerroyer aux côtés de Porochenko contre les méchants poutiniens russophones séparatistes.

La propagande peut-elle se passer de l’opinion publique ?

Quand on sait la propension des médias à multiplier les enquêtes d’opinion qui vont dans le sens de celles qu’ils cherchent à inculquer, on se dit que le fossé entre les élites et le public s’est décidément fort creusé. Et l’on plaint l’énergie dépensée en vain par les « spécialistes » et autres « penseurs » officiels (BHL, Finkielkraut…) appelés à la rescousse pour rameuter des troupes bien amorphes.

Il est un fait à prendre en compte : la propagande peut très bien se ficher de l’opinion publique si celle-ci lui est hostile. On l’a vu après le référendum de 2005 sur le projet de constitution européenne. En matière de guerres, le fait que celles-ci soient désormais menées par des armées de professionnels et non plus de conscrits sortis de ses rangs, peut inciter la population à une certaine torpeur de réaction.

Mais reste à savoir jusqu’à quel point. Les conséquences d’une guerre sur le public, ses retours de bâtons meurtriers, financiers mais aussi physiques, sont autrement plus sensibles à l’opinion que les manigances d’une coterie mafieuse à Bruxelles.

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