Encyclopédie du XXIe siècle : un revenu pour la vie

Combien de milliers de jeunes gens désœuvrés loin des listes et des allocations de Pôle emploi ? Combien d’adultes confirmés à tenter de joindre les deux bouts avec un RSA famélique ? D’artistes et d’intellectuels en galère œuvrant pour des picaillons ? Eh bien, dites-vous que ça pourrait changer pour peu qu’on prenne le veau d’or par les cornes et qu’on lui fasse cracher « un revenu pour toute la vie ».

C’est ce que ce que s’est mis en tête un petit groupe de trentenaires, site et actions subversives à la clé, pour parvenir à leurs fins. Leurs armes ?  Une « conférence gesticulée », un court-métrage d’animation et jusqu’à un long-métrage au synopsis sans équivoque :

<< Remettre le travail à sa place et redonner de la valeur aux activités non rémunératrices, sociales, associatives, politiques, artistiques, spirituelles… >>

<< Il y a du travail pour changer de civilisation ! >>

C’est marrant, en 2009, j’avais publié un petit « programme de Yéti » articulé précisément autour de ce revenu d’existence minimal. L’échelle fixe des salaires (de 1 à 20 ou 25 maxi) que j’y préconisais ne prenait pas le Smic comme base, mais ce « minimum vital décent » garanti à tout citoyen, travailleur ou non.

L’idée était que le travail et surtout le plein-emploi appartenaient à une époque révolue. Et qu’il urgeait de permettre à n’importe quel citoyen, travailleur ou non, d’avoir accès à des conditions minimales de vie : se loger, se nourrir, s’éduquer, bénéficier d’un minimum de confort.

Nos « entrepreneurs » d’un genre nouveau poussent le bouchon encore plus loin en y ajoutant la notion de fonction sociale :

<< Le revenu de base inconditionnel vise à découpler le revenu du travail pour le coupler à la vie ! Pour que chaque être humain, dignement, puisse apporter sa contribution à la société. Il y a du travail pour changer de civilisation ! >>

Une utopie, l’article 25 des Droits de l’homme et du citoyen ?

Nos agitateurs pour un revenu de base avouent n’avoir même pas songé à présenter leur projet à des partis politiques patentés. Non pas qu’ils crachent dans cette soupe-là, mais prendre sans détour leurs affaires en main leur a sans doute semblé préférable. D’ailleurs, n’est-ce point aux politiques de faire chemin vers les citoyens plutôt que l’inverse ?

N’attendez pas non plus de nos amis qu’ils pleurnichent sur leur sort ou ruminent à longueur de forums leurs dépits d’un temps obsolète et leurs aigreurs sarcastiques. Ils avancent et écrivent à leur façon un chapitre de cette Encyclopédie du XXIe siècle si chère à Paul Jorion et à sa bande.

Ne comptent plus guère sur la générosité des banquiers ou des autorités et inventent une manière originale de financer leur complot : le financement participatif (« crowdfunding »). Vous ne savez pas de quoi il retourne ? Allez donc leur rendre visite et entrez sans frein dans la danse.

Ce qui étonne est qu’il y ait encore tant d’esprits étroits pour tenir ce fichu revenu de base comme une brumeuse utopie, sinon carrément une incitation à la fainéantise. Utopique, l’article 25 de la déclaration des Droits de l’homme et du citoyen datant de 1948 ?

<< Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires ; elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d’invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans d’autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté. >>

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.