LES CHIENS À L’ÉCOLE

((/public/chiens_ecoles.jpg|chiens_ecoles.jpg|L)) »Voici, brut de décoffrage, sur le thème de l’ignominie ordinaire, le témoignage d’un parent d’élève que mon ami Jean-Luc, du blog [Kinoks|http://kinoks.org], m’a fait parvenir. Ces faits, s’ils sont vérifiés (et il n’y a pour l’heure aucune raison d’en douter ; cf. ci-dessous les liens vers deux articles de la Dépêche du Midi qui les corroborent) devraient être impérativement répercutés sur le maximum de sites et de blogs. » Mais voilà que ce week-end, j’accueille ma fille Zoé — elle a 13 ans — de retour du collège de Marciac (Gers). Elle me raconte son mercredi au collège… Colère à l’intérieur de moi… révolte… que faire ? J’ai demandé à Zoé d’écrire ce qu’elle me disait là. Elle a accepté. Voici donc son témoignage, avec ses mots à elle :

> « Il nous l’avait dit, le CPE$$Conseiller Pédagogique d’Éducation.$$, que des gendarmes allaient venir nous faire une prévention pour les 4ème et les 3ème. Ce mercredi là (19 novembre 2008), toutes les classes sont entrées en cours comme à leur habitude, en suivant les profs. À peine dix minutes plus tard — nous étions assis — deux gendarmes faisaient le tour de la salle où nous étions. La prof avec qui nous étions, les regardait en disant : « Ils font leur ronde ? » Elle n’était à priori au courant de rien. Soudain , la porte s’est ouverte, laissant entrer deux gendarmes… Enfin non, pas exactement : il y avait aussi un monsieur chauve habillé en militaire et un gendarme très gros… > > Le chauve nous a dit : « Nous allons faire entrer un chien ! Mettez vos mains sur les tables, restez droit, ne le regardez pas ! Quand il mord, ça pique ! » > > Enfin il a dit ça, à peu près… Je me rappelle surtout du  »« quand il mord, ça pique ! » » > > Après, il est sorti deux minutes et est revenu avec deux autres gendarmes et le chien. Les gendarmes se sont placés aux deux extrémités de la classe tandis que le dresseur regardait son chien déjà à l’œuvre. Le chien s’appelait Bigo. Bigo s’est acharné sur plusieurs sacs, en mordant et arrachant tout ce qui dépassait. Quand à la prof, elle restait derrière son bureau, bouche bée. Le chien s’est attaqué au sac de mon amie, à coté de moi. Le dresseur a claqué des doigts en disant : « Sortez, Mademoiselle, avec toutes vos affaires ! » Elle a rangé son sac, s’est levée et s’est apprêtée à sortir, mais le dresseur l’a repris vite : « Et ton manteau ! » Elle a rougi et emporté aussi son blouson. > > Plusieurs personnes de la classe sont ainsi sorties. Le chien vint alors sentir mon sac. Voyant que le chien ne scotchait pas, que rien ne le retenait là, le dresseur lui a fait sentir mon corps avant de s’empresser de me faire sortir, moi aussi. Dehors, m’attendait une petite troupe de gendarmes… Enfin, non, pas dehors : nous étions entre deux salles de classe. > > Me voyant arriver, ils se dépêchèrent de finir de fouiller une autre fille. Mon amie était déjà retournée dans la classe. Quand ils eurent fini, ils s’emparèrent de mon sac et le vidèrent sur le sol. Un gendarme me fit vider les poches du devant de mon sac. Il vérifia après moi. Je n’étais pas la seule élève. Avec moi, il y avait une autre fille qui se faisait fouiller les poches par une gendarme. Ils étaient deux gendarmes hommes à la regarder faire. Le gendarme qui fouillait mon sac vida ma trousse, dévissa mes stylos, mes surligneurs et chercha dans mes doublures. > La fille qui était là, fouillée elle aussi, se fit interroger sur les personnes qui l’entouraient chez elle. Elle assurait que personne ne fumait dans son entourage. Ils la firent rentrer en classe. > > C’était à mon tour ! La fouilleuse me fit enlever mon sweat sous le regard des deux autres gendarmes… > > Je décris : un gendarme à terre disséquait mes stylos, un autre le surveillait, un autre qui regardait la fouilleuse qui me fouillait et le reste de la troupe dehors. Ne trouvant rien dans ma veste, elle me fit enlever mes chaussures et déplier mes ourlets de pantalon. Elle cherche dans mes chaussettes et mes chaussures. Le gars qui nous regardait, dit à l’intention de l’autre gendarme : « On dirait qu’elle n’a pas de hash mais avec sa tête, mieux vaut très bien vérifier ! On ne sait jamais… » Ils ont souri et la fouilleuse chercha de plus belle ! Elle cherche dans les replis de mon pantalon, dans les doublures de mon tee-shirt, sans bien sûr rien trouver. Elle fouille alors dans mon soutif et passe ses mains sur ma culotte ! Les gendarmes n’expriment aucune surprise face à ce geste, mais ce n’est pas mon cas ! > > Je dis à l’intention de tous : « C’est bon, arrêtez, je n’ai rien !!! » La fouilleuse s’est arrêtée, j’ai remis mon sweat et mon fouilleur de sac m’a dit : « Tu peux ranger ! » > > J’ai rebouché mes stylos et remis le tout dans mon sac et suis repartie en classe après avoir donné le nom du village où j’habite. De retour en classe, la prof m’a demandé ce qu’ils avaient fait. Je lui ai répondu qu’ils nous avaient fouillés. > > Tout ça c’est ce que j’ai vécu. Mais mon amie dans la classe à coté, m’a aussi raconté. Le chien s’est acharné sur son sac à elle et elle a eu le droit au même traitement. Mais ses affaires sentaient, alors ils l’ont carrément emmené à l’internat où nous dormons. Le gendarme lui a demandé si elle connaissait des fumeurs de hash, vu qu’ils ne trouvaient rien. Elle leur a simplement répondu que le week-end dernier, elle avait assisté à un concert ! > > Après les cours, le principal a rassemblé tous les élèves et nous a dit que bientôt allait avoir lieu une prévention pour tout le monde. > > Une prévention ? Avec des chiens ? Armés comme aujourd’hui ? > > Une élève de 4ème nous a dit que le chien s’est jeté sur son sac car il y avait à manger dedans. Elle a eu très peur. Les profs ne nous en ont pas reparlé….Ils avaient l’air aussi surpris que nous ! Tous les élèves de 3ème et 4ème ont du se poser la même question : que nous arrive-t-il ? > Et tous les 6ème et 5ème aussi, même si ils n’ont pas été directement concernés ! » > > Zoé. D.R. Qu’en pensez vous ? Que dois je faire ? Qui parle de violence ? Il me semble important d’écrire ici que personne du collège n’a jugé important de communiquer sur ces faits qui se sont déroulés le mercredi 19 novembre 2008 au collège de marciac dans le Gers. Si Zoé ne m’en avait pas parlé, je n’en saurais rien. Combien de parents sont au courant ? Les enfants « victimes » — et je pèse ce mot — de ces actes sont en 4ème et 3ème. Ils ont donc entre 12 et 14 ans ! Je n’en reviens pas… Frédéric David (père de Zoé) ///html

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///  »Deux articles de la Dépêche du Midi confirment, dans le seul supplément local (faut tout de même pas charrier !), le témoignage qui précède : » – [Collèges gersois : pédale douce sur les contrôles antidrogue|http://www.ladepeche.fr/article/2008/11/29/500410-Colleges-gersois-pedale-douce-sur-les-controles-antidrogue.html]%%% – [Les gendarmes traquent le shit dans les cartables|http://www.ladepeche.fr/article/2008/11/20/495235-Les-gendarmes-traquent-le-shit-dans-les-cartables.html]  »Et ce n’est pas tout, car voici un second récit, toujours fourni par l’ami Jean-Luc, qui démontre, s’il en est, que nous ne sommes plus dans le cas d’une bavure ou d’une exception, mais d’une action concertée : » > ON LÂCHE LES CHIENS SUR LES ÉLÈVES DANS LES CLASSES > > Lundi 17 novembre 2008, 10h30 > > École des Métiers du Gers. Descente musclée de la gendarmerie dans les classes. Je fais cours quand, tout à coup, sans prévenir, font irruption dans le lieu clos de mon travail quatre gendarmes décidés, accompagnés d’un maître-chien et de son animal. Personne ne dit bonjour, personne ne se présente. Sans préambule, le chien est lancé à travers la classe. Les élèves sont extrêmement surpris. Je pose des questions aux intrus, demande comment une telle démarche en ce lieu est possible. On ne me répond pas, j’insiste, on me fait comprendre qu’il vaut mieux que je me taise. Les jeunes sont choqués, l’ambiance est lourde, menaçante, j’ouvre une fenêtre qu’un gendarme, sans rien dire, referme immédiatement, péremptoirement. > > Le chien court partout, mord le sac d’un jeune à qui l’on demande de sortir, le chien bave sur les jambes d’un autre terrorisé, sur des casquettes, sur des vêtements. La bête semble détecter un produit suspect dans une poche, et là encore on demande à l’élève de sortir. Je veux intervenir une nouvelle fois, on m’impose le silence. Des sacs sont vidés dans le couloir, on fait ouvrir les portefeuilles, des allusions d’une ironie douteuse fusent. > > Ces intrusions auront lieu dans plus de dix classes et dureront plus d’une heure. Une trentaine d’élèves suspects sont envoyés dans une salle pour compléter la fouille. Certains sont obligés de se déchausser et d’enlever leurs chaussettes, l’un d’eux se retrouve en caleçon. Parmi les jeunes, il y a des mineurs. > > Dans une classe de BTS, le chien fait voler un sac, l’élève en ressort un ordinateur endommagé, on lui dit en riant qu’il peut toujours porter plainte. Ailleurs (atelier de menuiserie-charpente), on aligne les élèves devant le tableau. Aux dires des jeunes et du prof, le maître-chien lance : « Si vous bougez, il vous bouffe une artère et vous vous retrouvez à l’hosto ! » > > Il y a des allées et venues incessantes dans les couloirs, une grande agitation. Je vois un gendarme en poste devant les classes. J’apprendrais par la suite qu’aucun évènement particulier dans l’établissement ne justifiait une telle descente. > > La stupeur, l’effroi ont gagné les élèves. On leur dira le lendemain, dans les jours qui suivent qu’ils dramatisent. Ils m’interrogent une fois la troupe partie, je ne sais que dire, je reste sans voix. Aucune explication de la direction pour le moins très complaisante. Je comprends comment des gens ont pu jadis se laisser rafler et conduire à l’abattoir sans réagir : l’effet surprise laisse sans voix, l’effet surprise, indispensable pour mener à bien une action efficace, scie les jambes. > > Ensuite, dans la journée, je m’étonne de ne lire l’indignation que sur le visage de quelques collègues. On se sent un peu seul au bout du compte. Certains ont même trouvé l’intervention normale, d’autres souhaitable. > > Je me dis qu’en cinquante ans (dont vingt comme prof), je n’ai jamais vu ça. Que les choses empirent ces derniers temps, que des territoires jusque là protégés subissent l’assaut d’une idéologie dure. > > Ce qui m’a frappé, au-delà de l’aspect légal ou illégal de la démarche, c’est l’attitude des gendarmes : impolis, désagréables, menaçants, ironiques, agressifs, méprisants, sortant d’une classe de BTS froid-climatisation en disant : « Salut les filles ! »… alors que bien sûr il n’y a que des garçons ! Les félicitant d’avoir bien « caché leur came et abusé leur chien ». À vrai dire des marlous, de vrais durs n’auraient pas agi autrement. C’est en France, dans une école, en 2008. Je me dis que ces gens-là, les gendarmes, devraient accompagner les gens, les soutenir, qu’ils devraient être des guides lucides et conscients. Au lieu de ça, investis d’un drôle de pouvoir, ils débarquent, on dirait des cow-boys, et terrorisent les jeunes. ///html

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Un voyageur à domicile en quête d'une nouvelle civilisation.