Art & politique : Élodie Lemerle (1970- )

Élodie Lemerle est née en 1970 à Angers. Elle est diplômée des Beaux-arts. En 1998 elle s’installe à Laval.

Élodie détourne des images qu’elle trouve dans les archives collectives et dans la presse d’actualité. Certaines datent des années 50 et sont en contraste évident à notre monde actuel. Elles sont travaillées à l’acrylique et pour les plus récentes au fusain.

« Je reproduis des photos de presse appartenant à l’imagier collectif. Je les fragmente puis les fais dialoguer. »

Ses sujets de prédilection sont : « Le monde du travail, la femme et l’enfant qui porte les projets d’avenir… Je cherche à porter un regard sur le monde qui nous entoure et la place laissée à l’être humain. »

Le support privilégié de son travail est le papier « qui se joue des déchirures. La fragmentation du papier et du sujet… Le travail du papier permet une image pertinente, le support faisant sens par rapport au sujet », explique-t-elle. Élodie compose ses oeuvres en utilisant les principes du collage, juxtaposition et mélanges de morceaux peints.

Seule Française sur trente artistes sélectionnés en 2014, au concours international d’art contemporain Arte art prize Laguna Venise, dans la catégorie peinture, l’artiste ne cache pas sa fierté : « Y être exposée est en soi déjà une énorme récompense et une reconnaissance de mon travail. »

Les trois peintures choisies dans la série “Il s’agit de revivre” évoquent les enfants des photographies du fond de la Farm Security Administration (Organisme américain chargé d’aider les fermiers les plus pauvres touchés par la Grande dépression. À la demande de la FSA, onze photographes parmi lesquels Walker Evans et Dorothea Lange, parcourent les États-Unis et réalisent cent soixante-quatorze mille clichés d’une Amérique des laissés-pour-compte).

Élodie Lemerle :

« Les portraits de Dorothea Lange, de Lee Russell sont les cris, les rires, les pleurs, les courses, les jeux, ces imperceptibles souffles qui traversent le temps de nos vies si éphémères mais indélébiles. L’histoire de l’homme se répète à l’intérieur de la grande Histoire dont la genèse part irrémédiablement des si éphémères bruits de l’enfance, ce que mes peintures essaient de traduire en s’en ré-appropriant le dessein. Le fragment prélevé est là au départ, il appelle à redéfinir ce qu’il y avait à l’origine, à réécrire l’histoire, à la réinventer, à appeler l’immémorial. Chaque photo est un morceau de ce qui s’écrit, traçant un portrait de l’humanité à partir de fragments d’espoir, de peur, et de désir. La figure de l’enfance est récurrente comme une promesse de la poursuite de la quête engagée afin de maitriser son destin. »