Art & politique : Billie Zangewa (1973- )

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Billie Zangewa An Angel at My Bedside, 2020, Hand-stitched silk collage, 81 x 117 cm

Billie Zangewa est née en 1973 à Blantyre au Malawi, elle a grandi au Zimbabwe, après une courte période passée au Botswana.

Diplômée en Beaux-Arts à l’Université Rhodes, en Afrique du Sud, elle vit et travaille à Johannesburg.

Dans son environnement de jeunesse l’art et la création avaient peu de place hors des groupes de couture de sa mère sud-africaine mais ils ont suffi à lui donner la passion des tissus, de la broderie et de la couture. Au Botswana, ne pouvant pas installer d’atelier, elle a rassemblé des morceaux de tissu glanés ici et là, et a tracé son propre chemin.

Billie Zangewa est très “ancienne école”, comme elle le dit elle-même. Ses compositions sont en général inspirées de photographies, mais elle ne les projette jamais sur la toile de fond. Elle commence par dessiner des patrons sur de vieux journaux, puis réfléchit aux nuances de couleurs, aux reflets que différentes épaisseurs superposées peuvent produire. Ensuite, elle découpe les morceaux de différents tissus qu’elle épingle, avant de les confier à deux assistantes qui les fixent à la main – jamais à la machine.

Pour elle, l’acte de création, c’est ce découpage à vif dans la couleur. À partir de chutes de soie brillantes et colorées, l’artiste coud à la main des broderies qui s’inspirent de scènes de la vie contemporaine. Ses compositions mêlent l’expérience personnelle à l’universel : l’agitation des mégalopoles urbaines autant que les actions ordinaires de la vie s’animent sur le tissu. Le quotidien devient ainsi prétexte à une réflexion politique sur l’identité qui questionne les stéréotypes de genre et les préjugés raciaux.

« J’ai l’impression que dans l’art, on essaye plutôt de représenter des moments spectaculaires et moi j’ai tendance à m’engager au niveau personnel et politique et d’approfondir ce qui semble être le quotidien mais qui en réalité représente tant psychologiquement et symboliquement de manière universelle. »

Sur la scène sud-africaine, où la violence est omniprésente, elle construit une œuvre engagée, mais dont la dimension politique, notamment en faveur de la place des femmes noires marginalisées et réduites au silence, est simplement suggérée. « Je ne déteste pas spécialement les hommes, mais le régime patriarcal, qui est aussi très mauvais pour les hommes », dit-elle.