GRANDS CORPS VIVANTS

((/images/GCV.jpg|grands_corps_vivants|L))C’est toujours comme ça. Quand on traverse des passes difficiles — et en ce moment on est servi ! — la poésie repointe toujours le bout de son nez. La poésie toute nue, la poésie toute crue, sans vains ornements ni colifichets. Comme exutoire à notre colère et baume à notre désarroi. Apollinaire au temps de la première  » »der de der » » ; Char, Desnos, Éluard pendant la saloperie nazie ; aujourd’hui, deux tisons tout brûlants dont j’aimerais vous dire un mot.

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/// Le premier se fait appeler __Grand Corps Malade__, suite à un mauvais plongeon de jeunesse, dans une piscine, qui lui a laissé  » »la moelle épinière en papier mâché » ». Mais l’encre qu’il a  » »dans la bouche » » pour nous torcher ses superbes  » »écrits à l’oral » » efface toutes les infirmités de l’âme ou du corps. Le sien, le nôtre. Appuyez sur le bouton « marche » du lecteur ci-dessous, écoutez voir un peu, on appelle ça du slam (« la claque » en argot américain)…$$Grand Corps Malade,  »Enfant de la ville », Anouche productions (mais aussi son précédent :  »Midi 20 », éd. musicales Djanik).$$ ///html

/// Chaque fois que j’entends cet échalas, je laisse les portes toutes grandes ouvertes, tous ses torrents peuvent s’engouffrer. Il passe par là ? Qu’il rentre chez moi, il est chez lui. J’ouvre autant de bouteilles qu’il le veut. On trinque jusqu’au bout de la nuit. Avec ses potes, j’adore ses potes. Ou du moins j’aime la façon dont il en parle. Chaque vers sur eux est une carte de visite qu’on a envie de se mettre au chaud. ///html

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/// L’autre se nomme __Keny Arkana__. Elle, c’est une mioche, un petit bout de chou rappeur, râpeur. Qu’a trop roulé sa bosse, qu’a drôlement frôlé la cabosse. Elle jaillit comme un chat écorché et vous la suivez, ébahi. Ne me dites surtout pas que vous ne la suivez pas, qu’elle est naïve, que vous ne comprenez pas ce qu’elle crache. Désablez-vous les écoutilles. Vous n’avez qu’à l’écouter plusieurs fois !$$Keny Arkana,  »Désobéissance civile », Because Music (mais aussi son précédent :  »Entre ciment et belle étoile », Because Music).$$ ///html

/// Je l’ai découvert dans un déjà vieux numéro de Politis. Une drôle d’interview en forme de long monologue, sans une seule erreur de jugement, sans un seul effet de style, sans un mot qui dépasse, ou qui manque. Je ne connais rien d’elle en fait, juste quelques fragments d’histoire que j’ai essayé de coller comme j’ai pu. Mais quelle importance. À elle, et à lui, et à nous, je souhaite un jour, enfin,  » »un long fleuve tranquille » ».$$… et vivant. Bien vivant. Parce que lorsqu’il est mort, le corps du poète, comme celui d’Aîmé Césaire aujourd’hui, les charognards onctueux et hypocrites fondent sur lui.$$

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.